ÉTUDE THÉORIQUE D'UNE RÉFORME MONÉTAIRE
Analyse des éléments qui influent sur la valeur de la monnaie. — Ces éléments différent suivant qu'on l'emploie à l'intérieur ou à l'extérieur. — Solidarité entre la valeur de la monnaie à l'intérieur et sa valeur à l'extérieur. — Mécanisme de la dépréciation successive.
Application de ces principes dans les différents systèmes monétaires.
Les éléments qui agissent sur la valeur de la monnaie ne sont pas les mêmes à l'intérieur et à l'extérieur du pays. A l'intérieur, deux facteurs entrent en jeu : en première ligne, la quantité de monnaie en circulation et, en seconde ligne, sa valeur intrinsèque. A l'extérieur, au contraire, la valeur marchande du métal est seule prise en considération.
En effet, à l'intérieur, la monnaie est plus
Ju'un simple disque de métal pesant un poids éterminé, elle est surtout l'instrument d'échange auquel la loi donne force libératoire et permet de liquider toute opération commerciale.
C'est en cette qualité, et non en qualité de
lingot d'or ou d'argent, marchandise ordinaire, qu'elle est soumise à la loi de l'offre et de la demande. Si elle se trouve en quantité suffisante pour répondre exactement aux besoins du commerce, sa valeur est au pair. Si elle est trop rare, sa valeur monte, c'est-à-dire que les prix diminuent et il n'y a pas, en principe, de limite à la hausse. Si elle est en excès, elle se déprécie, mais il y a une limite à la baisse et c'est la valeur marchande du métal dont elle est formée. Celle-ci n'intervient donc qu'en dernier ressort et il est même facile de concevoir une monnaie n'ayant aucune valeur intrinsèque, pourvu que sa quantité soit strictement limitée aux besoins des transactions.
D'ailleurs, c'est presque le sort de la monnaie de bronze, dont la valeur réelle ne dépasse pas chez nous le dixième de la valeur nominale.
A l'extérieur, le rôle de la monnaie est différent. Le caractère d'instrument d'échange disparaît avec la force libératoire qui n'existe
Elus, là où la loi nationale cesse de s'appliquer, lorsque, dans la mesure où la chose est possible, la valeur des marchandises échangées entre deux pays a été compensée au moyen des lettres de change, les métaux précieux interviennent comme supplément de marchandises à livrer par le pays qui a le moins vendu, pour rétablir l'équilibre. Et si le pays créditeur les accepte toujours, ce n'est pas comme monnaie, car peu importe la forme sous laquelle ils se
présentent : pièces ou lingots, mais parce qu'A sait qu'étant donnée la multiplicité de leurs emplois industriels ou autres, il pourra toujours les revendre à la valeur pour laquelle il les a pris. Dans ces conditions, il est évident que la monnaie qui sert à faire des remises à l'étranger ne peut être acceptée qu'à sa valeur marchande.
Une même monnaie peut donc avoir une valeur différente suivant qu'on l'emploie à l'intérieur ou qu'elle sert à régler des transactions internationales. Cependant, en raison de la solidarité du commerce intérieur et du commerce extérieur, ces deux valeurs ont une tendance naturelle à s'uniformiser. Un importateur espagnol, par exemple, fait venir de Paris un objet de 20 francs, qu'il devra revendre a5 francs en Espagne pour réaliser un bénéfice. Le change étant à i3o, les pesetas qu'il enverra en France pour payer son achat ne seront prises que pour o fr. 76 ; il devra en donner 26, 3o. Si, lorsqu'il le revendra, il ne recevait que a5 pesetas, il serait en perte. Il faudra donc
2 u 'il élève son prix jusqu'à 29 ou 3o pesetas, l'est ainsi que la monnaie dépréciée à l'extérieur finit par se déprécier également à l'intérieur, plus ou moins vite suivant le rôle que jouent les importations dans la vie économique du pays. Si un grand nombre d'industries nationales sont obligées de faire venir de l'étranger leur combustible ou leurs matières pre-
mières , le pouvoir acquisitif de la monnaie baisse beaucoup plus vite. On se rend compte ainsi de quel intérêt est pour l'Angleterre qui achète à l'étranger le blé, la viande et les denrées de toute nature nécessaires à la nourriture de 78 ou 79 pour 100 de ses habitants, la possession d'un régime monétaire irréprochable.
Les exportations collaborent presque aussi activement que les importations à rétablir l'harmonie entre les deux valeurs de la monnaie.
Les exportateurs, eux, ont avantage à ce que la monnaie nationale soit dépréciée à l'étranger. Renversons l'exemple pris tout à l'heure. Un exportateur espagnol paie 20 pesetas un objet qu'il revend a5 francs en France.
Comme ces 2 5 francs lui seront payés en or, il touchera, en réalité, au cours du change actuel, 3a pesetas 37. Naturellement, une opération aussi avantageuse suscite des concurrents nouveaux, les produits d'exportation sont de
()lus en plus demandés, leur prix s'élève, et, par à, la monnaie perd de son pouvoir acquisitif. Nous sommes donc fixés maintenant sur les conditions de stabilité de la monnaie. Il faut, si elle est employée indifféremment pour le commerce intérieur et pour le règlement des transactions internationales, que sa valeur repose uni- Siiement sur la valeur marchande du métal dont le est formée, ou, s'il en est autrement, qu'on la réserve uniquement pour les besoins intérieurs, en effectuant les remises à l'étranger au-
trement que par un transport de monnaie nationale. Alors, il est facile de la maintenir à une valeur fixe, à l'aide d'une limitation de la frappe.
Nous allons voir maintenant, comment ces
})rincipes, qui donnent la clef de toutes les rébrmes monétaires, s'appliquent dans les différents systèmes.
i° Systèmes à étalon et circulation d'or. — La valeur de la monnaie d'or, fondée uniquement sur la valeur marchande du métal, est la seule qui se maintienne naturellement, sans me* sures législatives, à un taux fixe, soit à l'intérieur soit à l'extérieur. Dans les conditions économiques actuelles, l'or échappe seul aux fluctuations qu'un jeu trop irrégulier de l'offre et de la demande fait subir à toutes les autres marchandises. Quelle que soit la production de ce métal, les emplois innombrables qui s'offrent à lui maintiennent facilement son prix à un niveau fixe. Aussi la monnaie d'or doit-elle être considérée comme la monnaie naturelle par excellence et il n'y a pas à craindre pour elle de dépréciation.
Ce n'est pas à dire qu'une circulation d'or soit exempte de tout danger. On connaît la loi de Gresham, suivant laquelle la bonne monnaie, qui est actuellement la monnaie d'or, quitte les pays où le rapport entre elle et les autres monnaies, étant fixé trop bas, ne lui attribue pas sa juste valeur. Cette loi fameuse n'est qu'une appli-