MADAME MÈRE
Air :
La noble dame, en son palais de Rome, Aime à filer; car, bien jeune, autrefois, Elle filait en allaitant cet homme
Qui depuis l'entoura de reines et de rois. Près d'elle, assise, est la vieille servante Qui. nouveau-né, le rerut dans ses bras.
Au bruit de leurs fuseaux elles disent: — Hélas! Que la fortune est décevante!
Madame attend un message de Vienne.
Fils de son fils, elle te sait mourant.
— Â son chevet point de mère qui vienne Veiller, prier, pleurer, dit-elle en soupirant .
J'ai vu la mort fuir aux cris d'une mère :
Mais lui, né roi, le pauvre infortuné, A nos vainqueurs d'un jour otage abandonné, Meurt de la gloire de son père!
Sans celte gloire, ah! le père lui-même Vivrait encor, soleil de mes vieux jours. Un ancien roi, privé du diadème.
Vingt ans et plus du sort peut rêver les retours; Mais de son char qu'un victorieux tombe. Soudain les rois, qui se prosternaient tous,
Courent, sans prendre temps d'essuyer leurs Du pied le pousser dans la tombe, [genoux
Dieu l'éleva si haut, qu'un noir présage
Saisit mon cœur pour ce fils bien-aimé.
Dieu, disait-on, dans ce héros, vrai sage, Au vieux monde croulant donne un Messie armé ;
Mais, tout le temps de l'incessante lutte
Où son génie étonna l'univers, Tremblante, je veillais, tenant les bras ouverts Pour le recevoir dans sa chute.
Napoléon, sous le toit de tes pères,
Ton premier âge à Ilots purs s'écoula.
Tu m'aimais tant! Ah ! chéri de les frères, .\doré de tes sœurs, que n'as-lu vieilli là ;
Là de les fils Dieu bénirait le nombre?
.T y vois à peine, ils guideraient mes pas; Et là du moins nospleurs(ini ne ]»leure-t-on pas?) Moins amers couleraient dans l'ombre.
Ton fils sans doute, en longues rêveries, Vers son berceau qu'entourait tant d'amour Revole encore, et dans les Tuileries
Voit ses hochets mêlés aux sjdendeurs de ta cour. Bien jeune instruit par sa mère elle-même Que j)iiur les roisil n'est pas de saints nœuds,
Son cœur aura surpris des souvenirs haineux Sur les lèvres de ceux qu'il aime.
(i; M"» Lœtitia Bonapaiio, ini'au lomiis ili' l'i'mpire on appolail Ma.lanie Mèrf. liabilail à Roiiio un p.tlais, le seul qui ne fùi pas illuminé lorsdes fèlcs données par le papo à l'empereur François, père de Marie-Louise. Devenue presque avouizle, Madame s'occupait à filer, usage de sa jeunesse, m'a-t-on dit, et des femmes corses, mfme d'une condition élevée.
ICiitourée du respect de tous, elle avait avec elle une vieille servante d'Ajaccio, qui l'avait aidée à élever ses noin-
lireux enl'aiils, it (|ui jouissait de l'inl imité duc à un si long altacliemenl.
Vierge Marie, ah ! tenez lieu de mère A cet enfant qui m'a souri si beau.
L'unique vœu île ma vieillesse amère,
C'est à sa piété de devoir un tombeau. Et, s'il se peut, fils et Français fidèle, Sans être roi, ni vengeur ni vengé,
Que dans Paris un jour l'enfant rentre chargé De la dépouille paternelle.
Mais on annonce un messager de Vienne.
— Madame, il pleure, il est vêtu de deuil. Elle sait tnul: il faut qu'on la soutienne ;
Elle semble à genoux prier sur un cercueil.
— Pauvre orphelin, objet de tant d'alarmes, Dit-elle enfin après un long effort,
Adieu! l'enfant n'est plus! Ah ! tout mon fils est Hélas! et je n'ai plus de larmes. [mort.
Des simples chants que ton grand nom Napoléon, c'est ici le dernier. [m'inspire,
Républicain, s'il a blùmé l'empire,
Sur ta chute et tes fers pleura le chansonnier. Pour réveiller notre France abattue.
J'exaltai l'homme et non le souverain,
Puisse la main du peuple incruster dans l'airain Mon nom au pied de ta statue !