TOUS LI MONS DOIT MENER JOIE
Manuscrit et Éditions. Cette chanson a été récemment découverte par M. Wilhelm Meyer (de Spire) dans le manuscrit Dd. XI 78 de la bibliothèque de l'Université de Cambridge, au f 196 r^ En collaboration avec M. Albert Stimming, il l'a publiée dans les Nachrichten der k. Gesellschaft dcr Wisscnschaften zu Gœttiyigeii, phil.-hist. Klasse, 1907, p. 246-2:; 7. La copie de cette pièce est due à un scribe anglo-normand. Aussi, la chanson étant assurément d'origine française, M. Stimming a-t-il imprimé, en regard de la reproduction diplomatique du texte du manuscrit, un essai de restitution de la forme originale. Il y a joint des remarques philologiques, tandis que M. W. Meyer se chargeait du commentaire historique. Plus récemment, M. Hermann Suchier a publié dans la Zcitschrijt fier ro7nanischc P/i i/o logie (t. XX.XII, 1908, p. 7yj()) une autre reconstitution du texte primitif A jxirl (juelques menues modifications, qui seront signalées aux Remarques, nous ne pourrons que reproduire le texte excellent de M. H. Suchier.
Versification. Sept strophes de dix vers de sept syllabes. Les rimes, qui changent à chaque strophe, sont ainsi groupées : abbaabaaha. Il y a quelques assonances ou rimes imparfaites (aux vers 13, 49,57, 58, 60).
Le manuscrit ne donne pas la mélodie de cette chanson.
Auteur et date. C'est en 1244 que les Karismiens, refoulés de Perse par les Tartares, envahirent le petit royaume de Jérusalem, et s'emparèrent tour à tour de Saphet, de Tibériade, de Jérusalem : ils y firent un grand massacre de chrétiens, et, dans l'église même du Saint-Sépulcre, égorgèrent les vieillards, les infirmes et les enfants qui avaient cru y trouver asile. Jamais plus, à partir de ce jour, les chrétiens ne furent les maîtres de Jérusalem. Les barons chrétiens, pour résister aux Barbares Karismiens et à leur alhé le Soudan d'Egypte, s'unirent aux princes musulmans de Syrie : mais ils furent écrasés, à Gaza, le 17 octobre 1244. Comme la nouvelle de leur désastre venait de parvenir en France, le roi Louis IX tomba gravement malade, à Pontoise, « ou mois de décembre, le jour de la feste sainte Luce », c'est-à-dire le samedi 10 décembre 1244 (i).
Au cours de cette maladie,il se croisa. Nous possédons de nombreux récits de cette prise de croix, et M. Wilhelm Meyer en a analysé un certain nombre (2) ; il s'est appliqué spirituellement à montrer combien mal ils s'accordent entre eux : pas une des circonstances rapportées ne peut être tenue pour certaine. Nous nous bornerons à transcrire deux de ces relations, celle de Joinville d'abord (§ 106) : « Une grans maladie prist le roy a Paris, dont il fu a tel meschief, si com on le disoit, que l'une des dames qui le gardoit 11 vouloit traire le drap sur le visaige et disoit qu'il estoit mors. Et une autre dame, qui estoit a l'autre part dou lit, ne li soufifri mie ; ainçois disoit qu'il avoit encore l'ame ou cors. Et comme il oyt le descort de ces dous dames, Nostre Sires ouvra en li et li envoia santei tantost ; car il