‹ Les chansons de croisadeChapitre 134 sur 145 · XXVII. — l'(JK JOIE AVOIK PERFITK EN PAKaDIS 2k · texte numérisé non relu

XXVII. — l'(JK JOIE AVOIK PERFITK EN PAKaDIS 2k

Vos nos doigniez en siel joie a toz jors,

28 M'amie et moi per la vostre mercit, Et 11 doigniez de moy amer poissance, Ke ne m'oublit por longue demourance, Ke je l'ain plus ke rien ki soit el mont,

32 S'en ei pitié teil ke li cuers m'en font.

Belle Isabel, a cors Deu vos cornant.

Ge ne puis plus avioc vos demorer :

En paenime, a la gent mescreant

36 M'estuet ensi por l'amour Deu aleir.

Por saveir m'airme i vois en bone entente ; Mais bien sachiez, amie belle et gente, Se nus morut por leament amer,

40 Ne cuit vivre dresk' a havre de meir.

Car atresi con la flors nest de Tante, Nest li grans duelz de vos ki me tormante Mais, s'en revien, sour sains le puis jurer, 44 Ke c'iert por vos servir et honorer.

Ge chant d'amors leas ou j'ey m'entente, Ne ge ne kier ke mes cuers s'en repente ; Mais mon signorde Gisourveil mander 48 Ke c'est honours de k-anicnt amer.

27 sii'lz — 21> pt>us.«iance.

* ^ \\ folxs nust — 1:? ix'VîiiK — 41 v..s mmiI s

TRADUCTION

I. Pour avoir joie parfaite en paradis, il me faut quitter le pays que j'aime tant, où demeure celle que je remercie chaque jour, au gent corps ^ai, au visage frais et plaisant ; et mon cœur loyal s'abandonne à elle entièrem^ent ; mais il faut que le corps s'arrache à elle : je m'en irai là où Dieu souffrit la mort pour nous racheter au jour du vendredi. II Douce amie, j'ai grand deuil au cœur, puisqu'il me faut finalement me séparer de vous, en qui j'ai trouvé tant de bien, tant de charme, joie et liesse à mon plaisir ; mais Fortune en sa puissance m'a changé ma joie en douleur et en tourment, que j'endurerai pour vous mainte nuit et maint jour ; c'est ainsi que j'irai servir mon créateur.

III. Xon plus qu'un enfant ne peut supporter la faim et qu'on ne peut

l'empêcher d'en pleurer, je ne crois pas que je puisse me passer de vous, que j'ai pris coutume de baiser et d'embrasser ; non, je n'ai pas en moi tant de force d'abstinence ; cent fois la nuit, je me rappelle votre beauté : j'avais si grande joie à tenir votre corps dans mes bras ! Ne l'ayant plus, je mourrai de désir.

lY. — Beau sire Dieu, si je quitte pour vous le pays où est celle que j'aime tant, vous, en retour, en votre bonté, donnez dans le ciel joie éternelle à mon amie et à moi ! Et donnez-lui force pour m'aimer, en sorte qu'elle ne m'oublie pas pour longue attente, car je l'aime plus que chose qui soit au monde, et j'en ai telle pitié que mon cœur s'attendrit et fond !

Y, Belle Isabel, je vous recommande à Dieu. Je ne puis plus rester

avec vous. En terre païenne, contre les mécréants, il me faut aller par amour pour Dieu. Pour sauver mon âme, j'y vais volontiers ; mais sachez-le bien, amie belle et gracieuse, si jamais l'on mourut pour avoir loyalement aimé, je ne crois pas vivre jusqu'au havre de mer. ^•>^^ — Car, ainsi que la fleur naît de la greffe, naît le grand regret de vous, qui me tourmente ; mais, si je reviens, je puis le jurer sur les reliques des saints, que ce sera pour vous servir et vous honorer. ^*^ — Je chante d'amour loyale où j'ai ma pensée, et je ne souhaite pas que mon cœur s'en repente ; mais je veux: mander à mon seigneur de Gisors que c'est honneur d'aimer loyalement.

Page 1