‹ Les chansons de croisadeChapitre 16 sur 145 · I. — CHEVALIER, MULT ESTES GUARIZ · texte numérisé non relu

I. — CHEVALIER, MULT ESTES GUARIZ

de son exemplaire du Manuel cVanciens textes de P. Meyer, où nous Tavons trouvée. Ces vers sont à rapprocher du début célèbre du Couronnement de Louis :

Quant Deus eslist nonante et nuef roiames, Tôt le meillor torna en dolce France.

Ils rappellent aussi ce passage du Pèlerinage de Charlemagne (v. 156), où le patriarche de Jérusalem dit au roi :

ce Sire, mult estes ber ; Sis as en la caere u sist meïsmes Deus ; Aies nun Caries maignes, sus tuz reis curunez. »

V. 29. C'était le vœu ordinaire des pèlerins (voy. Alwin Schultz, Das hofische Leben zur Zeit dei' Minnesinger, t. II, p. 272).

V. 31. Il semble inutile de corriger, comme on l'a proposé, Kelui en iceli. La rime ui : i se trouve déjà dans le Saint-Brendan (1119) ; pour des exemples pris à des textes écrits sur le continent, voy. H. Suchier, Allfranzdsische Grammatik, p. 35.

V. 40. M. P. Meyer propose la correction : Quant mort suffrit. Peutêtre est-il permis de conserver Que ; voyez Tobler, Ver m. Beitr'âge zur franzosischen Grammatilc^ t. II, p. 113.

V. 41. Chaneleus. M. P. Meyer a groupé {Rommiia, t. VIÏ, p. 441) des textes nombreux où figurent les Chanelius^ C/wnelius, Quenelius, pour désigner les « païens ». Il a trouvé la véritable étymologie de ce nom ; et c'est Chananaeus. a II reste, dit-il, à trouver la voie par laquelle les Chananaei sont entrés dans la tradition populaire. Car il ne semble pas que le caractère défavorable qui est donné dans la Bible aux Chananoena suffise pour expliquer l'introduction de ce nom dans les récits épiques où des populations de l'Orient sont mises en scène... Il faudrait trouver des exemples de Chananaeus avec un sens moins précis (jue dans la Bible. J'ai vainement cherché ces exemples dans la littiTature ecclésiasti(iue et historique du moyen âge. » Il me semble que ce nom (comme au temps

de Cromwell tant de désignations injurieuses prises à la Bible) est entré dans l'usage populaire sous l'influence de sermons et de textes liturgiques tels que ceux-ci (mais plus anciens) :

Amalech invaluit.

Hierusalem corruit, Loca sancta polluit Plehes Chananea.

(Dreves, Analeda hymnica médit aevi^ t. XXI, Leipzig, 1895, p. 165).

ou :

Ut victores redeant imploremus Deum, Ut tollant de medio terrae Cananeum^ Ingressi Jérusalem pellant Jebusaeum, Christianae gloriae portantes trophaeum.

(Ed. du Méril, Poésies latines inédites^ p. 415)

Y. 41. Sanguin. Les chroniqueurs appellent Zenghi Sanguinus^ par un calembour inévitable, et rapportent ce distique, composé à la nouvelle de sa mort, donc antérieur à la composition de notre chanson (Zenghi a été assassiné peu après la prise d'Édesse) :

Quam bonus eventus ! Fit sanguine sanguinolentus Yir homicida, reus, nomine Sanguineus.

Ce Sanguin devint un roi païen de chansons de geste, dans Anseïs de Carthage (éd. Alton, v. 805) par exemple.

y. 4y, ss. Le manuscrit fait une strophe unique des vers 49-65 : strophe de 11 vers (au lieu de 8), où abondent les vers trop courts, et où les rimes (ou assonances), au lieu d'alterner régulièrement, semblent se succéder au hasard. M. P. Meyer y voit une ce strophe interpolée » : nous aurions ici un fragment d'une autre chanson, relative, elle aussi, à la croisade de 1147. Son hypothèse semble peu probable : d'abord, parce que cette autre chanson présenterait un type de strophe inconnu dans l'histoire de la versification ; puis, cette chanson, qu'un accident aurait jointe à la nôtre, il est remarquable qu'elle s'y adapte merveilleusement pour la suite

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