‹ Les chansons de croisadeChapitre 17 sur 145 · I. — CKJEVALIEK, MULT ESTES GUARIZ H · texte numérisé non relu

I. — CKJEVALIEK, MULT ESTES GUARIZ H

des pensées. Elle aurait contenu précisément le trait le plus original de la pièce Chevalier, mult estes giiariz : Dieu, représenté à la fois comme le Dieu de l'Evangile et comme un seigneur féodal ; c'est surtout l'entrecroisement de ces deux conceptions qui fait la valeur poétique de la chanson, et ce motif annoncé dès le début de la pièce (v. 2, v. 5, cf. v. 43) trouve précisément dans la strophe « interpolée » sa pleine expression ( Deusaduïi turnei empris...). Nous préférons croire que ces vers 49-65 ont toujours fait partie de notre chanson ; elle aura été transcrite de mémoire, et, les souvenirs de celui qui la transcrivait s'étant ici trouvés incomplets, il y a remédié comme il a pu: nous avons sous les yeux les débris de deux strophes, primitivement régulières.

V. 70. Alum conquere Moïses. Il est dit dans le Deutèronome (XXXIV, 5, G) : « L'Éternel enterra Moïse dans la vallée, au pays de Moab, vis-àvis de Beth-Peor. Personne n'a connu son sépulcre jusqu'à ce jour. » Et on lit dans les Joca monachorum, dont on a des manuscrits à partir du VHP siècle : « Quel est le sépulcre qui n'a jamais été trouvé ? — Celui de Moïse, à qui Dieu a donné la loi sur le mont Sinaï. » Nous avons par là une raison de croire que le poète (un chevalier, croyons-nous, plutôt qu'un jongleur) n'avait pas reçu une culture de clerc. S'il s'intéresse ainsi aux reliques de Moïse, c'est peut-être qu'il avait entendu parler du couvent de Sainte-Catherine du mont Sinaï, sur lequel on peut voir entre autres descriptions Le saint voyage de Jérusalem du seigneur d''Anghire, éd. Fr. Bonnardot et A. Lons:non, Paris, 1878.

V. 73. La verge de Moïse. On peut se demander si le poète avait quelque raison particulière de convoiter cette relique et si vraiment elle se trouvait, en 1146, en la possession des infidèles. Vérification faite, il n'en est rien, et c'est au hasard que le trouvère en parle. Eu effet, l'abbé du monastère bénédictin de Thingeyraren Islande, Nicolas, qui alla eu Terre Sainte quatre ou six ans après la composition de notre chanson, vit la verge de Moïse dans une chapelle de l'un des palais de Constantinople (voyez Riant, Exuviae ConstanlinopoliUmaey Genève, 1878, t. II, p. 2M\ L'inventaire d'Antoine, archevêque de Novgorod, dit plus précisément (|u'ellc était conservée en l'église Saint-Michel du palais de Rucvléon, et la mentionne entre l'une des trompettes de Jéricho et les cornes du bélier

d'Abraham {iUd., p. 223). Après la prise de Constantinople par les croisés de 1204, la verge de Moïse fut transportée en France et déposée dans la cathédrale de Soissons par Tévêque Nevelon {ibid., p. 8, 33, 35, etc..) On la conservait aussi dans le trésor de la Sainte-Chapelle {ibid , p 48, 135). En sorte que le vœu de notre poète fut exaucé.

vos QUI AMEIS DE VRAIE AMOR

Chansons de Croi.sadt

vos QUI AMEIS DE VRAIE AMOR.

G. Raynaud, Bibliographie des chansonniers français : 1967.

Manuscrits : U^ C. On possède un fac-similé du ms. U : Le chansonnier français de Saint-Germain des Prés, reproductioîi phoiotypique par P. Meyer et G. Raynaud (Publications de la Société des anciens textes français, 1892).

Editions. Brakelmann, ArcJi., t. XLIII, p. 385 ; K. Bartsch, Chrestotnathie, 9"" éd., revue par L. Wiese, p. 165 ; P. Meyer

p. 369- Versification. Cinq strophes de dix octosyllabes sur des rimes qui changent à chaque strophe. Formule : ababbaabab. La mélodie ne nous a pas été conservée.

Origine et date de la pièce. Les deux manuscrits sont dus, comme on sait, à des scribes lorrains (sur la langue du ms. C, dont nous reproduisons le texte, voy. H. von Seydlitz-Kurzbach. Die SpracJie dcr afz. LicderJiandscJuift drr Stadlbibliothek N' ^Zç zu Bern, diss. de doctorat de l'Université de Halle, 1898) ; par là s'explique que ces manuscrits donnent tous deux (étant d'ailleurs très prochement apjiarentés) la rime pais (passum) : fais etc., au vers 2, qui pourrait faire croire à une origine lorraine de la pièce ; mais (voir aux Remarques) il y a lieu d'écarter cette rime. Les autres ne jiermettent pas de déternn'ner l'origine de la chanson.

Quant à sa date, il est certain qu'elle rappelle beaucoup, par le ton et par l'énergie du style, la chanson Chevalier, mult estes guariz. On ne saurait guère pourtant la faire remonter à 1147 : pour plusieurs raisons, dont l'une est que les compilateurs de nos manuscrits ne semblent pas avoir accueilli dans leurs collections (sauf peut-être quelques chansons de toile) des pièces aussi anciennes. D'autre part, il convient de ne pas trop la rajeunir : remarquer que, si les strophes sont d'un type assez compliqué, elles sont indépendantes entre elles. G. Paris (^Les Origines de la poésie lyrique, Journal des Sava?its, 1892, p. 38 du tirage à part) dit qu'elle « date probablement de 1189. »

Vos qui ameis de vraie amor,

Esveilliés vos, ne dormeis mais :

L'aluete nos trait loujor 4 Et si nos dist an ces refrais

Ke venus est li jors de paix

Que Deus, per sa très grant dousor,

Donrait a ceals ki por s'amor 8 Panront la creux, et por lor fais

Soufferront poene nuit et jor ;

Or vairait il ses amans vrais.

Cil doit bien estre forjugiés 12 Ki a besoing son seignor lait :

Si serait il, bien lou saichiés ; Aiseis avrait et poene et lait

2 C d. pais ( U pas) — 4 C retrais — 10 6^ Dont v. il ces, C les a.

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