‹ Les chansons de croisadeChapitre 18 sur 145 · II. — vos gui AMEIS DK VRAIE AMOR · texte numérisé non relu

II. — vos gui AMEIS DK VRAIE AMOR

A jor de nostre dairien plait, i6 Quant Deus costeis, pâmes et pies

Mosterrait sanglans et plaies ;

Car cil ki plux bien avrait fait

Serait si très fort esmaiés 20 K'il tramblerait, keil greit qu'il ait.

Cil ki por nos fut en creux mis

Ne nos amait pais faintemant,

Ains nos amait com fins amis 24 Et por nos amiablement

La sainte crox moût doucemant

Entre ces brais, davant son pis

Com aignials douls, simples et pis, 28 Portait tant angoissousement ;

Pues i fut a trois clos clofis

Per mains, per pies, estroitement.

J'ai oït dire en reprovier :

32 « Boens marchiés trait de borce airgent »

Et « cil ait moût lou cuer legier

Ki le bien voit et lou mal prent. y>

Saveis ke Deus ait en covant 36 A ceauls ki se voront croixier ?

Si m'aïst Deus, moût biaul lucir :

Paradix par afaitement.

Sil ki son j^rout inict ]")()rcliaiscM'cr 40 Fols est se a demain s'atant.

14 ^' avérait p. U Et si {rayé et 7't'iii/>/tirf par Aseiz) — 1(> l' Ke — 18 Cke plus, l' plus a. h. f. — 24 U honorableiuoMt — 'lît C omet ce vers. — 20 ^'an mi son — 2S r Kt la straintî a. — 30 rinain, (' pies per mains - 'M rreproohier - - 3.*» IW. mat - 'M r Si mt.'ist il m. b. — ^' pernicimblement - :?".> T Car ki — 40 Tciltt.

Nos nen avons poent de demain,

A certes le poons savoir :

Teis cuide avoir lou cuer moût sain 44 K'ains lou quart jor tout son avoir

Ne prixe poent ne son savoir :

Quant voit la mort lou tient a frain,

Si k'il ne puet ne pié ne main 48 A li saichier ne removoir,

La keute lait, si prant l'estrain ;

Maix trop vient tairt a persevoir.

43 C Teil — 46 ?7 Car quant la — 47 ^ Et il ne p. ne piez mains — 49 U keuse, C keuce — 50 U trop est.

TRADUCTION

I. — Vous qui aimez de vraie amour, éveillez-vous, ne dormez plus. L'alouette nous annonce le jour et nous dit en ses chansons qu'il est venu, le jour de paix que Dieu, en sa très grande douceur, donnera à ceux qui, pour l'amour de lui, prendront la croix et, pour leurs péchés, souffriront peine nuit et jour : maintenant il verra quels sont ses amis vrais.

IL — Qui abandonne son seigneur en son besoin mérite d'être forjugé ; il le sera, sachez-le bien ; il endurera mainte peine et maint outrage, au jour de notre dernier procès, quand Dieu montrera sanglants et percés ses côtés, ses paumes et ses pieds : car celui même qui aura le mieux fait en cette vie sera si fort épouvanté que, bon gré mal gré, il tremblera.

m. — Celui qui pour nous fut mis en croix ne nous aima pas de fausse amour, mais en ami parfait, et pour nous, par grande tendresse, avec douceur, entre ses bras, devant sa poitrine, agneau doux, innocent et pieux, il porta la sainte croix, si angoisseusement ; puis il y fut cloué avec trois clous à travers les mains, à travers les pieds, enfoncés profondément.

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