BIEN ME DEUSSE TARGIER
Raynaud : 13 14.
Manuscrits : M, T, U, O, A', N, X.
Editions. P. Pari^, p. 95 ; Buchon, p. 422 ; Leroux de Lincy, p. 109 ; Dinaux, t. III, p. 398 ; Scheler, p. 12 ; Brakelmann, Cha?is., p. yS ; A. W'd\\enskœ\d,Cha7isons de Co?io?i de Béthune (1891), p. 228.
Versification. Strophe de huit vers dont le premier et le troisième ont sept syllabes, les autres dix, sur trois rimes ababcbbc. La rime c (ance) reste la même dans toutes les strophes. Les rimes a, b restent les mêmes dans les trois premières strophes, sont remplacées ensuite par deux autres rimes qui se reproduisent dans les trois dernières strophes (voy. aux Remarques). La pièce se termine par deux envois de quatre vers chacun (cbbc).
Classement des manuscrits. Il peut être représente par
cette figure :
ORIGINAL
KXX
La parenté de il/Z résulte, entre autres indices, de 1 omission dans ces deux mss. des vers ^j-S (certainement authentiques. puis-
que Huon d'Oisi les parodie). Le groupement OKNXe^t établi par de nombreuses fautes communes {doner, v. 20 ; croit sa, v. 21, etc.) ; le sous-groupe KNX est obtenu par cette remarque que O a conservé, seul des manuscrits du groupe, les vers 49-52. Quant au fait que U appartient à la même famille que OKNX, il résulte de l'examen d'autres chansons (voy. A. Wallenskœld, Oîivr. cité, p. 41-2).
Auteur et date. — La chanson est attribuée par M à Sire Quenes, par Ta Mesire Queues ; elle est anonyme dans les six autres manuscrits. L'attribution de MT est certainement juste, puisque Huon d'Oisi a parodié certains vers de notre chanson, dans la pièce où il injurie Conon. Quant à la date, on se rappelle que, pour se procurer l'argent nécessaire à l'expédition contre Saladin, Philippe-Auguste avait frappé d'une dîme spéciale ceux qui ne prendraient pas la croix. Mais, dès le printemps de 1188, on le vit recommencer sa guerre contre Henri H et y employer l'argent de la dîme saladine. C'est à quoi paraissent faire allusion ces vers de Conon, v. 25-6 :
Vos qui dimez les croisiez, Ne despendez mie l'avoir ainsi...
Non pas, comme on l'a dit, que l'on eût imposé les croisés eux-mêmes, mais la dîme en frappait par contre-coup un grand nombre.Le satirique estime que les <l hauts barons ï>, les « tyrans » n'ont pris la croix que par convoitise, précisément pour se partager l'argent de cette dîme à laquelle ils échappaient personnellement. Ils se sont donc croisés ce a loier 3) (v. 19), pour le salaire qui leur est payé sur les fonds de la croisade et qui leur est distribué pour leius frais de guerre contre les Anglais.
L'obscurité véritable commence à ces vers (33 ss.) :
Li qués s'en est ja vengiez Des haus barons qui or li sont failli...