‹ Les chansons de croisadeChapitre 29 sur 145 · IV. — BIEX ME DEUSSE TARGIER · texte numérisé non relu

IV. — BIEX ME DEUSSE TARGIER

Selon tous les commentateurs, Li qués désignerait Dieu dont il est question aux vers précédents, et ces vers feraient allusion « à quelque désastre récent, arrivé aux barons ^. Mais on ne voit pas qu'au cours de l'année 1 188-9 aucun désastre ait frappé les barons français : rien que des opérations de guerre, généralement heureuses, et sans grande importance, et qui se produisent en Berry, en Vendômois, dans le Bourbonnais, dans le Vexin, bien loin de l'Artois. D'autre part, cette strophe de Conon de Béthune serait sans doute la seule, dans toute l'histoire de la poésie fran çaise, qui commencerait par le mot Lequel, Peut-être faut-il lire Li quens et comprendre : <r Le comte de Flandre s'est déjà vengé des hauts barons qui ont failli à Dieu ». Ce serait une allusion à ce fait que, vers le mois d'octobre 11 88, excités par le pape et par son légat Henri d'Albano, plusieurs princes français, parmi lesquels le comte de Flandi'e et le comte de Blois, refusèrent le service à Philippe-Auguste et déclarèrent qu'ils ne se ser\'iraient de leurs armes contre des chrétiens que lorsqu'ils auraient accompli leur vœu de croisés. Par là, le comte de Flandre a porté coup à ces « hauts barons », à ces croisés « a loier d qui ont failli à Dieu et qui comptaient sur l'alliance du comte. Conon peut dire que, par le fait qu'il a déposé les armes, le comte de Flandre s'est vengé d'eux et les a punis d'avoir dilapidé la dîme saladine.

Quant à la strophe Qui les baroiis empiriez... ^ elle reste inintelligible. Comment ces mêmes barons que Conon souhaite, quelques vers plus haut,de voir empiriez^ sont-ils ici qualifiés de barons empiriez ? Comment peut-il dire que leurs vassaux les servent sans eiir et qu'ils feraient mieux de sers'ir Dieu, parce qu'on sert Dieu sans eiir ?...

Musique. Toutes les versions de cette pièce, dans les manuscrits qui nous l'ont conservée, remontent à un même original mélodique. Mais, tandis que A'A^V font un faisceau serré. O marche isolément et i^/ et 7' d'autre part présentent en même

temps des caractéristiques communes (transposition à la quinte dans KNX) et des divergences assez sérieuses.

ORIGINAL

M T O KNX

Nous donnons ici le texte de K et en appendice la transcription de ce même texte en notation moderne.

Texte de K,

Bien me de-ûs-se targier De chançons faire et de moz et de chanz, Quant

je me doi es-loignierDe la meillor de tou-tes les vail-lanz, Et si en puis

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fai-re voi-re vantan-ce Que je faz plus, pour Dieu, que nus amanz, Si en

sui mult en droit l'a-me jo-ianz, Mes j'ai du cors et pi-tié et pe-san-ce.

Bien me deùsse targier De chançons faire et de mos et de chans, Quant me convient eslongier 4 De la meillour de toutes les vaillanz, Si en puis bien faire voire vantance Que je faiz plus pour Dieu que nus amans, Si en sui moût endroit l'ame joians, 8 Mais del cors ai et pitié et pesance.

Pour V ordre des sti'uphes dans les divers manuscrits, voyez aux Remarques.

I. 1 Uà. ataisir — 2 TUON chancon, U t et de diz et, X ch. et faire — 3 T moi, O Q. il mestuet, OKI^X Q. ie me doi — 5 (7 Et sen pou f ., OKNX Et si en puis f . — 6 MT plus certes q. — 7 Z7 sui bien, t^iV^marme — ?> U Sen ai a cuer et, OKNX Mais iai dou cors.

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