IV. — BIEN MK DEUSSE TARGIER
Pleùst a Deu qu'Amors feïst ausi 48 Envers touz cels qui en li ont fiance !
Or ai je dit des barons ma semblance.
Se lor en poise de ce que je le di, Si se preignent a mon maistre d'Oisi, 52 Qui m'a apris a chanter dès enfance.
Par Deu, compains, adès ai ramanbrance
Conques aùst ami,
Ne tous li mons ne vaudroit riens sans li. 56 Maugré Gilon adès croist sa vaillance.
45 T seruir na ens lui ne, U lui nafiert ne, OKNX Quil ni convient ne — 4 G UOKNX Mais qui mues sert et mues li — 47 OKNX Car pi. deu — 48 f/'quen li ont sa f.
^*^. 49-52 Vers donnés seulemeiit par U et par 0. — 49 U Ov vos ai dit de b. la 8. — 50 V que io ai dit — U ^ï sen praigne — ^2 U très manfance.
^*^j 53-6 Vers donnés par le xexd vis. U. — 54 amiu — 55 vadroit — 56 Magrei, croif.
TRADUCTION
I. — Je devrais bien remettre à d'autres temps de faire chansons, fnots et chants, puisqu'il me faut m'éloigner de la meilleure ; sur quoi je puis bien faire cette vanterie, qui est vérité, que je fais plus pour Dieu que nul amant ; et j'en ai grande joie pour ce qui est de mon âme ; ([uant à mon corps, j'ai pitié et deuil pour lui.
ir. — On doit bien se travailler pour servir Dieu, même si Wm a son désir ailleurs, et briser et ployer la chair, (jui est toujours désireuse de pécher. Alors Dieu voit notre double {X'iiitcnce. Hélas ! si la douleur sert à faire son salut, mon mérite doit certes être grand, car nul ne s'éloigne de France plus douloureusement.
III. — Non, pour nul désir qui me retienne, je ne resterai pas ici avec ces tyrans qui se sont croisc'S contre salaire pour dîmer clercs, bourgeois et
sergents. La convoitise en a croisé un plus grand nombre que la foi. Mais cette croix qu'ils portent ne leur sera pas une sauvegarde. A l'égard de croisés de cette sorte, Dieu sera bien patient s'il ne se venge d'eux bientôt.
ly. — Vous qui dîmez les croisés, ne dépensez pas ainsi l'argent de cette dîme : vous deviendriez par là les ennemis de Dieu. Hélas ! que pourront faire ses ennemis, quand tous les justes trembleront de crainte devant celui qui jamais ne mentit ? Alors les pécheurs seront mal lotis, si sa pitié ne domine sa puissance.
y. — Il (?) s'est vengé déjà des hauts barons qui lui ont failli. Puissé-je les voir mis à mal, car ils sont plus vils que jamais. Maudit soit le baron qui ressemble à l'oiseau qui souille son nid ! Il y en a peu qui n'aient honni leur seigneurie, pour autant qu'ils aient d'autorité sur leurs hommes.
yi. — C'est pourquoi il fait bon servir Dieu, car il n'y a à le
servir ni risque ni hasard : qui bien le sert est bien récompensé. Plût à Dieu qu'Amour fît de même envers tous ceux qui ont confiance en lui !
^*^ Or donc, je vous ai dit des barons mon sentiment. S'ils ont ennui de ce que je le dis, qu'ils s'en prennent à mon maître d'Oisi, qui m'a appris à chanter dès mon enfance.
^^^ Par Dieu, compagnon, j'ai toujours souvenir
Et tout le monde ne vaudrait rien sans elle.
Malgré Gilon sa valeur va toujours grandissant.
REMARQUES L'ordre des strophes est :
en J/7' ; 1 targier^ 2 esforcier^ 3 croisiez, 4 empiriez, 5 desirrier ;
en OKNX: 1 targier, 2 desirrier, Sesforcier, 4 empiriez, 5 (strophe incomplète) vengier;
en U : 1 targier, 2 esforcier, 3 croisiez, 4 desirrier, 5 vengiez, 6 empiHez.
Les plus récents éditeurs de Conon de Béthune, Scheler, Brakelmann, M. Wallenskœld, s'en sont tenus à l'ordre de Z7, le seul acceptable, en effet. Nous l'adoptons aussi, sauf en ceci que nous croyons préférable d'intervertir Tordre des strophes croisiez^ desirrier (1). En effet, trois des
1. Malgré notre classement des manuscrits, le fait que la strophe croisiez est la troisième dans les deux familles Mlet ^ ne nous oblige pas à admettre qu'elle