‹ Les chansons de croisadeChapitre 35 sur 145 · V. — MAUGRE TOUS SAINZ ET MAUORE DIEU AUSI · texte numérisé non relu

V. — MAUGRE TOUS SAINZ ET MAUORE DIEU AUSI

Maiigré tous sainz se présente dans des conditions qui semblent en garantir la justesse.

En effet, si cette chanson est d'un autre, si, venue sans nom d'auteur entre les mains d'un copiste, ce copiste a cherché dans sa fantaisie un poète à qui l'attribuer, comment a-t-il pu y trouver ce nom littérairement obscur (ij : Mes ire Huon li'Oisi f et, le prenant au hasard, tomber presque juste, sur un personnage qui fut réellement en relations avec Conon de Béthune ? C'est, répond M. Wallenskœld, que ce copiste était ce sous l'influence » du vers de Conon : Si s en preignent a mon niaistre d'Oisi. Mais M. Wallenskœld n'a pas pris garde que ce vers n'aurait pu apprendre au copiste ni le nom de Huon ni sa condition sociale (Mesire). Il nous faut donc supposer que Conon et Huon ont échangé beaucoup d'autres chansons, qui ne nous sont point parvenues, mais que le copiste connaissait. Il se peut, mais rien ne le prouve.

Il y a mieux. Huon d'Oisi est, sans conteste, l'auteur du Tornoiement des dames (2). Le Tornoiemcnt nous a été conservé par deux manuscrits seulement, qui sont les mêmes où nous trouvons la chanson Maugré tous sainZy 31 et T \ et, dans ces deux manuscrits, la chanson et le Tomoiement sont copiés bout à bout, tous deux au f" 50 r*' en M, tous deux au f" 53 r" et v'' en T. Dirons-nous que c'est le voisinage des deux pièces dans la source commune des deux manuscrits qui a fait attribuer la chanson anonyme Maugré tous sainz à ce Huon d'Oisi dont le nom se lisait en tète du Tornoie7)ient ? Les accidents de ce genre sont fréquents ; mais ici, cette erreur toute matérielle, conmiise mécaniquement par un rubricateur qui ne savait rien de la généalogie ni des relations de Huon et de Conon, aurait eu cet effet singulier de clon-

1. l'uisquc nos mumiscrits ne rcnfcrinent p;is «l'autre piîre de Huon <iiii' Ir Tor- )utiement.

2. Non seulement les ui:iiiusrrits le lui uttril)U«'Mt ; nmis sii fenuiie Marguerite y est deux fois nient ionn(5e (v. •'! et v. 2S).

lier cette pièce anonyme à un auteur qui se trouve avoir été en effet le contemporain, le voisin, le cousin et le maisire du Conon qui y est nommé. — Ce rubricateur pouvait être bon généalogiste et bon critique littéraire. — Soit ; mais ce qui reste surprenant, en cette hypothèse, c'est la rencontre de ces deux circonstances : que le rubricateur ait été sollicité à attribuer à Huon d'Oisi la pièce anonyme à la fois par sa connaissance de la biographie de Huon et par le hasard merveilleusement propice qui lui mettait sous les ^'■eux, réunis sur un même feuillet de parchemin, cette chanson anonyme et le Tornoiement des dames. Ces difficultés nous inclinent à admettre que le Tornoiement et la pièce Maugré tous sairiz furent de tout temps attribués à Huon d'Oisi ; et, puisque l'une de ces attributions est juste, il est probable que l'autre l'est aussi.

Ainsi, nous arrivons à deux résultats contradictoires : Huon d'Oisi, en 1191, était mort ; et pourtant la chanson doit être de lui. Recherchons s'il est impossible d'interpréter la pièce autrement qu'on l'a fait jusqu'ici, en sorte qu'elle ait pu être composée par Huon en 1189-1190.

Elle est certainement postérieure au mois de mars 1188, puisqu'elle parodie une pièce de Conon où il est fait allusion à l'étabhssement de la dîme saladine. Mais il se peut qu'elle ne soit postérieure à cette date que d'un an environ. Lorsque Philippe- Auguste, précédant Richard Cœur de Lion, arriva devant Acre, le 20 avril 1191, une armée de croisés campait depuis deux ans déjà devant la forteresse, et les deux rois, comme le dit le jongleur Ambroise (i), vinrent les derniers prendre part au siège :

Car li rei vindrent dererain Al siège, nun pas premerain.

Bien d'autres croisés avant eux avaient débarqué à Tyr ou à

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