V. — MAUGRÉ TOUS SAINZ KT 3IAUGKK DIKU AUSl r
Saint-Jean-d'Acre, dès l'automne de 1188 Ci), et, pour ne rappeler que ceux-là, c'est le 30 août 1189 qu'abordèrent devant Acre Jacques d'Avesnes et quatorze mille pèlerins frisons et flamands (2). Je suppose que Conon de Béthune aura fait partie de l'un de ces premiers convois de pèlerins. Après avoir injurié dans ses chansons ceux qui restaient, il se sera mis en route, disons dans les premiers mois de 1189. Un cas fortuit quelconque, maladie, accident, embarras d'affaires, retard de tel de ses compagnons, etc., l'aura peu après ramené en Artois, soit de Saint-Jean-d'Acre, soit simplement de Lombardie ou de Provence, ou de moins loin encore, de Bourgogne ou de Champagne. Sans doute, il n'entend pas fausser son vœu ; il repartira à la prochaine occasion. Mais le satirique croit ou feint de croire qu'il est revenu p(;ur rester et il raille ce faux départ :
Maugré tous sainz et maugré Dieu ausi Revient Quenes...
Nul témoignage historique, je l'avoue, ne nous renseigne sur les allées et venues de Conon de Béthune ; mais, s'il s'est agi d'une simple chevauchée de Conon à quelques journées de marche de son château, on comprend que l'histoire ne nous en ait pas transmis le souvenir.
Cette explication est simple, dira-t-on ; mais elle ne sert de rien. Il faut que la chanson soit postérieure au retour du roi, qui, lui aussi, est traité de recréant et à^t failli.
Je ne vois dans la chanson nulle allusion au retour du roi. On dit que Conon revient, non pas que le roi revient. On dit, au contraire, il me semble, que le roi est resté :
1. Voy. K. li(»;liriciit, J)ie Jifhujenai;/ ion 'Akkâ (1 ISIM IIH), au t. X\ 1 {l>r'".). p. 485 ss., (les Forsc/niiK/rn zitr deutsc/icn Geschichte.