V. — MAUGRÉ TOUS SAIXZ ï:T MAUGRK DIKU AU.SI
Ja Damediex, qui seur touz est puissanz, i6 Du roi avant et de vouz n'ait merci !
Moût fu Quenes preus, quant il s'en ala, De sermonner et de gent preechier, Et, quant uns seuz en remanoit deçà,
20 II li disoit et honte et reprouvier. Or est venuz son lieu réconcilier, Et est plus orz que quant il s'en ala ; Bien poet sa croiz garder et estoier, •
24 K'encor l'a il tele k'il l'en porta.
TRADUCTION
I. — Malgré tous les saints et malgré Dieu aussi revient Conon et mal venu soit-il !.... Qu'il soifc honni, lui et sa prédication, et honni soit qui de lui ne dit : « Fi ! » Quand Dieu verra Conon en grande détresse, il lui faillira, car Conon lui a failli.
IL — Ne chantez plus, Conon, je vous en prie, car vos chansons ne sont plus de saison. Or mènerez-vous ici vie honteuse, n'ayant pas voulu pour Dieu mourir joyeux. Maintenant on vous compte parmi les récréants, et vous resterez avec votre roi failli. Que le Seigneur, qui est puissant sur tous, n'ait plus merci désormais du roi ni de vous !
III. — Conon fut très preux, quand il s'en alla, preux en sermons et en prêcheries, et, si un seul restait ici, il lui jetait affronts et outrages. Voici qu'il est revenu souiller son nid, et il est plus side qu'à son départ. Il peut bien garder sa croix et la mettre en un relicpiaire, car il Ta encore telle qu'il l'emporta.
REMARQUES
V. ] , ss. Huon d'Oisi s'étant donné le plaisir de reprendre, pour les tourner en dérision, des vers aux deux pièces de Conon de Béthune qui précèdent, nous laisserons au lecteur le soin de reconnaître les vers parc-
diés. Nous ferons remarquer seulement que, aux vers 7-8 (ce serait ici le
plus ancien exemple d'une satire grammaticale que nous ayons dans notre
littérature), il semble exagérer à dessein l'amphibologie de ces vers de
Conon :
Car nus ne doit faillir son creatour.
Qui li faura a cest besoing d'aïe.
Sachiez que il li faura a greignour.