VIII. — LI NOUVIAUZ TANZ ET MAIS ET VIOLETE
Versification. Six strophes de sept décasyllabes et d'un vers de six syllabes. Formule : ababbbab. Pour le groupement des strophes, voyez ci-dessus.
L'auteur et la date. On sait que l'auteur du Roman de Guillaume de Dole a inséré dans sa narration des a chants », des ce sons >>, de « beaus vers s> qu'il place dans la bouche de ses personnages. Au v. 911, le héros du roman se réveille au matin et se fait ouvrir une fenêtre :
Li soleils, plus clers que puet estre, Geta ses beaus rais par son lit (De sebelin et de samit Ot covertoir a roses d'or).
Por l'amor bêle Lienor A comencié ceste chançon :
Li noviaus tens et 7nais et violete ' Et rossig7iols me semant de chanter...
Or, les recherches de l'éditeur de Guillaume de Dole, M. Servois, ont fixé d'une façon à peu près certaine à l'an 1200 la date de la composition de ce roman.
Dès lors, comme plusieurs de nos manuscrits l'attribuent au Châtelain de Couci, le personnage désigné par ce titre n'est pas Renaut de Magny, comme on l'a cru longtemps, mais son prédécesseur immédiat, Gui II de Couci, qui paraît dans les chartes à partir de 1186, et qui devait donc être un tout jeune homme lorsqu'il écrivit ses deux chansons de croisade, entre 11 88 et 1 1 q i . Il est peu probable, en effet, (qu'elles se réfèrent à la croisaile suivante, puisque la chanson Li nouviaus tanz était déjà célèbre en l'an 1200. Gui de Couci prit d'ailleurs part à la quatrième croisade ; mais il mourut pendant la traversée d'aller : c« Lors avint un grant damage, que uns haus hom de l'ost, qui avoit nom
Guis, li chastelains de Couci, mourut et fu gités en la mer. 3> (Villehardouin, § 124) (i).
Le châtelain de Couci doit, comme chacun sait, sa renommée surtout aux aventures que lui a prêtées, un siècle environ après sa mort, le roman d'amour dont il est le héros (2). Mais, si on lui a ainsi appliqué la vieille histoire du cœur mangé, c'est que ses chansons étaient célèbres et à juste titre.
Musique. Les mélodies que les manuscrits affectent à cette chanson dérivent de trois originaux distincts.
Le premier est représenté uniquement dans R. Le texte est à ce point défectueux qu'on ne saurait proposer aucune correction : elles seraient toutes arbitraires. Nous ne le donnons que pour faire mieux ressortir combien est difficile l'utilisation de ce manuscrit.
Le second est celui de V : nous le reproduisons ici.
Le troisième apparaît dans les autres manuscrits avec d'assez notables variantes. Cependant il paraît, comme à l'ordinaire, que nous avons un groupe assez compact avec les mss. fr. 765, K, P, X. Le ms. O est isolé en raison de son système de notation. Quant à M et 7, ils présentent toujours des différences importantes : ici il/est noté à la quinte inférieure de Z". Nous donnons le texte de Kj et c'est d'après lui que nous ferons notre essai de transcription.
1. C'est M. Fritz Fath, en son édition des chansons du Châtelain (1883), qui a eu le premier le mérite de l'identifier à Gui II. L'ancienne erreur a pourtant été encore répétée dans un livre récent. C'est pourquoi nous avons reproduit ici, un peu longuement, l'argument principal de M. Fath.
2. Iliatinre du châtelain de Coucy et de la dame de Fayel (publiée par Crapelet), Paris, 1821) ; cf. G. Paris, dans V Histoire littéraire de la France^ t. XXVIII, p. 352.