X. — CHANTERAI POR MOX CORAGE
III. — Ce qui me fait dolente, c'est qu'il n'est pas en Beauvaisis, celui qui si souvent me tourmente : je n'en ai ni joie ni rire. S'il est beau, moi je suis gente. Sire Dieu, pourquoi as-tu fait ainsi ? Quand l'un désire l'autre, pourquoi nous as-tu séparés ? Dieu !...
IV. — Ce qui me fait confiante, c'est que j'ai reçu son hommage, et quand la douce brise souffle qui vient de ce doux pays où est celui <|ue je désire, volontiers j'y tourne mon visao^e : alors je crois le sentir pardessous mon manteau gris. Dieu /...
V. — Ce qui me fait déçue, c'est que je ne l'ai pas escorté à son départ. Il m'envoya, pour la baiser, la chemise (ju'il avait revêtue, [-.a nuit, quand l'amour de lui me point, je la mets coucher près de moi, bien près contre ma chair nue, pour adoucir mes maux. Dieu .'...
REMARQUES
y. 4 Morir et afoler forment une expression pléonastique, souvent attestée, qui signifie simplement j^mV. Seul,/?/^r {XK) veut dire agir en fou ; mais cette leçon n'est pas autorisée par le classement des manuscrits.
V. 9. Sur Outrée^ cri de marche de pèlerins, voyez la Ronuumi^ IX, p. 44.
V. 13. Soferrai en tel estage. Nous préférons cette leçon à celle de l'autre famille {Je soferrai mon damage), parce qu'on obtient, en l'adoptant, un e correspondance délicate entre ce début de strophe et le début de lastrophe I {Chanterai por mon corage), ioVi9> à^xw c2iiîiQ.iév\%è^^i\v la suppression du pronom personnel, qui est déjà ici un trait de style volontairement maniéré : or, l'on peut remarquer aux trois autres strophes (voyez ci-apres la note sur le v. 4î)) (jue le poète a cherché de telles correspondances.
V. 11. Tant que Van verrai passer, dit l'autre famille de manuscrits. C'est un peu court et ce n'est guère héroïque. Ra/nisser (voy. (Jodefroy, sous le mot et sous Rapassage) s'entendait précisément d'un voyage ou d'une traversée de retour.
V. 20. Peut-être faudrait-il adopter la leçon (jUC semblent inditiuer OXK\ Moût est fols quin vuet parler, en admettant l'enclise de en ; c»e serait un indice de l'ancienneté de la pièce.
22g LES CHANSONS DE CROISADE
Y. 30. Sire Dex\ por quel feïs ? Leçon assurée non seulement par les deux manuscrits qui la donnent, mais par les efforts de C et d'autre part d'OAX {De.r est nécessaire) pour l'écarter. L'enclise du pronom personnel dans quel est un trait qui ne peut guère appartenir qu'au Xlle siècle (voyez K. Gengnagel, Die Kilrzung der Fronomina hinter voTcalischem AnslauU Halle, 1882.)
Y. 39-44- Et quant la douce ore vente... Ces vers semblent bien être imités, selon une remarque de M. P. Meyer, de ce début d'une chanson de Bernart de Yentadour :
Quant la douss' aura venta
Deves vostre païs, Yejaire m'es qu'eu senta
Un ven de Paradis.
Plus d'une chanson perdue a dû reprendre ce thème ; c'est sans doute
par allusion à l'une d'elles, où une amante, regrettant son ami parti pour
la croisade, aspirait la brise qui venait « devers la Roge Mer », que
Guillaume d'Orange, dans l'une des versions du Charroi de Nîmes (ms.
B. N. f. fr. 1448, f° 96 r°), dit à la brise qu'il laisse ce plein entrer » en
son sein :
c( Hé ! ore douce qui de France venés,
Tu ne viens pas devers la Roge mer,
Ains viens de France, qui tant fet a loer.
Orliens et Chartres et Paris la cité,
La sont mi dru et mi ami charnel... ^
Y. 49. De ce sui, et mm fui, comme le veut l'autre famille ; et de
même, au vers 37 De ce sui.. que, et non De ce fui... quant ; car le
poète a certainement mis une intention littéraire dans la triple répétition
de ce tour :
De ce sui au cuer dolente Que...
De ce sui en bone atente Que...
De ce sui moût decetie Que...
Y. 'A. Ha chemise qu'ot vestue... Il convient de se rappeler que l'on ne portait guère au xii« siècle de vêtement de linge qui se mît sur la peau, donc pas de chemise, au sens où nous l'entendons aujourd'hui (ni le jour.