II. — ti ONQUE.S NUS HOM POR DURE DEI'ARTIK
Et reprochiers, j'alaisse demander A fine Amor congié de demorer ; Mais vos estes de si très grant vaillance 48 Que vostre amis ne doit faire faillance.
Moût par est fous ki s'en vait outre mer Et prent congié a sa dame a l'aler ; Mais mandast li de Lombardie en France, 52 Que li congiés doble la desirance.
45 TDa Ou reproviers,/^ reprochie, A' V/»A7 reproche, /* ^»wf/ demander. V omet Et reprochiers, 5 Ne le reprochier — 46 TDa A vos dame, T'C A (^' As) fins amans. RKyVX A ma dame c. du (A'.VA'' de) retorner, /3 Al fin amor c. del. 7 A fin conseil amor del d., 5 A bon amour — 47 TD Car, t' estes dame de tel, ItA'PVX Mais ma dame est de si (A''T'A' si très) g., A' Mais elle est voir, /3 Mas non est. 5 estes dame de — 49 'J'Da Ke vostre amis ni feroit {Da fera) ia î.JiKXPVX Qua son ami ne doit f. greuance (/?A'^/'T' faillance), /3 Qel v. ami non de farf., 7 Qel vostramis, 5 omet amis.
^*^. — 40 TD Meruelles moi (7) Meiueille ma) coment puet cuers (ZJcorsj durer. /3 Ben teing por fol cel qui vai utra uiar, 7 En per enfousccl iji vai outramar — ôO TD^ Qui, ^y de sa — 51/3 Ma mandali. 7 Mas mandez li, 5 Mes mande lui — 52 T Car Ions consirs, Ty deseurance.
TRADUCTION
I. — Si jamais homme, pour avoir enduré une rude séparation, a mérité d'être sauvé, je le serai à bon droit, car jamais tourterelle (jui perd son compagnon ne fut plus désolée que moi. Chacun pleure sa terre et son pays, quand il se sépare de ses amis de cœur ; mais il n'est conjré, quoi que l'on dise, si douloureux que celui (pic l'ami prend de l'amie.
II. Notre revoir m'a mis dans la folie dont je m'éUiis gardé mainte saison. Pour être allé vers elle, j'ai recherché ma mort, et si je vis pourtant, ma vie vaudra bien la mort, car celui (jui a coutume d'être gai, chantant et joyeux a un sort bien pire, (juand sa joie est tombée, (pie s'il était mort d'un seul coup.
III. — Un croisé, s'il est amoureux, a fort à débattre s'il doit aller vers Dieu ou rester ici, car pas un liomiiH", apivs (iirAnicur a pris |x)s.sos.sion de lui, ne devrait s'enjj:ager en une telle entreprise. On ne \m\i \yi\s> servir tant de seigneurs. [Pourtant], comme un cœur courtois (jui aspire
Chansons de Croib.ndc. '
à haut honneur [d'amour] ne pourrait pas rester ici sans faillir, vous ne devez pas, dame, me blâmer.
IV. — Si j'avais su aussi bien, au moment où j'ai entrepris de vous revoir (1), que votre congé dût me causer de tels tourments, j'aurais remis mon âme en votre mer. i et je serais allé rendre grâces à Dieu de ce que vous m'avez une fois permis d'aspirer à votre amour ; mais je tiens l'attente de votre amour pour un salaire suffisant, puisque chacun vous aime, comme moi, sans recevoir.
V. Je trouve en notre séparation ce réconfort que Dieu n'aura rien à me reprocher ; mais, puisque, à cause de lui, il me faut vous quitter, [j'ai, moi, un grief contre lui, et] je ne sais rien qui mérite un plus çrave reproche. Car celui que Dieu prive et sèvre d'un amour si grand qu'il ne peut y renoncer a bien plus de douleur et de peine que n'en aurait le roi s'il perdait la France.
YI. — Hélas ! dame, c'en est fini de débattre ces choses. Il me faut, et je n'ai pas d'autre ressource, me séparer de vous. J'ai tant fait que je ne puis plus y renoncer; et, s'il n'y avait bassesse et honte à rester, je serais allé demander à Amour permission de le faire ; mais vous êtes de si haute valeur que votre ami ne doit pas faillir à ce qu'il doit.
^*^. Bien fou qui s'en va outre mer, s'il prend, avant de partir, congé de sa dame ; qu'il lui mande plutôt de Lombardie son départ, car le congé double le désir.
REMARQUES
V. 1. Ce vers a été pris à notre chanson pour former le début d'un salut d'amour (voy. P. Meyer, Le salut d'' amour ^ p. 46).
V. 1-2. Si on veut bien regarder aux variantes, on constatera qu'on est e:i présence de deux leçons, celle que nous avons adoptée et Eut cuer dolent^ dont Vai je, également autorisées et qui toutes deux contredisent notre classement de manuscrits, fortement établi par ailleurs. Nous supposons que certains scribes ont pu écrire sous l'influence de vers tels que ceux-ci :
S'ainc nus morut por avoir cuer dolent, Ja mais par moi n'iert metiz vers ne lais,
1. Ou plutôt : « au moment où j'ai entrepris de partir pour la croisade. ))