XIV. — BERXARZ, DI MOI FOL'QUET, QU'OX TIENT A SAGE 1 f
Ne ja d'avoir porter ne soit pensis, Que ses cosins l'emperere Freris En a assez...
ne sauraient s'appliquer au prêt de 9.000 marcs consenti en 1223 par Tempereur au marquis Guillaume. Pour obtenir ce prêt, le marquis engagea ses terres à Tempereur. Ce qui a dû le préoccuper à cette époque, ce n'est point le souci à'ctnportcr cet argent, mais celui de se le procurer. Il faudrait dans le texte troveTy ou quelque chose d'analogue, et non porter, à moins d'admettre que le poète écrivait fort mal. Tel (ju'il est, le texte dit que Tempereur est assez riche pour emporter l'argent nécessaire à la croisade. Le poète fait donc allusion à une expédition, à laquelle il estime que l'empereur prendra part aux cotés du marquis de Montferrat. Par suite, l'envoi ne s'applique pas au projet d'expédition contre Théodore Ange Comnène, car il n'a jamais pu venir à l'esprit de personne que l'empereur Frédéric dût y participer.
Toutes ces difficultés proviennent de la persuasion où est G. Paris que les quatre vers de l'envoi s'appliquent à cette expédition. Il n'y a qu'à admettre, connne rien ne s'y oppose, que Théodore Ange Comnène, Démètre et Salonique ne sont pour rien dans la chanson : les difficultés se dissiperont du même coup.
A mon sens, la pièce a été composée d'une seule venue, par le seul Hugues de Berzé, sans le concours d'aucun interpolateur. Il faut se rappeler que le marquis Guillaume fut, de notoriété publique, en maintes occasions, l'agent de Frédéric, et d'autre part que, pendant seize ans, de 1212a 1228, Frédéric a périodiquement fait croire à la chrétienté et a cru lui-même par instants qu'il entreprendrait une croisade. Mais notre recherche ne doit point porter sur ces seize ans. Le champ en est circons-
crit par le fait que la chanson qualifie Frédéric du titre d'empereur. Il l'était en fait depuis 12 15, et il n'est peut-être pas impossible que, dès cette date, les poètes l'aient appelé de ce titre, tandis que les actes officiels émanés de sa chancellerie ne le lui donnent qu'à partir de son couronnement à Rome, le 22 novembre 1220 (i)- Mais il me semble certain que notre chansonnier s'adresse ici à Frédéric déjà couronné, puisqu'il fait allusion (v. 2j) au bel accueil que le marquis lui fit en Lombardie. C'est en septembre 1220 que le marquis Guillaume ménagea une belle réception en Lombardie à Frédéric, qui se dirigeait vers Rome pour y recevoir la couronne impériale (2). Or, à cette époque même, les ducs d'Autriche et de Bavière, les comtes de Bar, de Nevers et une foule d'autres seigneurs de France et d'Allemagne étaient en Egypte aux prises avec les Musulmans. Ils attendaient la venue de Frédéric II, qui avait tant de fois promis de porter son aide à la Terre Sainte. En 12 19, comme le pape Honoré III l'avait supplié d'exécuter son vœu, Frédéric avait feint de lui donner satisfaction en désignant un vicaire, l'archevêque de Cologne, qui devrait le remplacer pendant son absence (3}. Puis, il avait obtenu des délais. Mais, aussitôt couronné, il prit de nouveau à Rome la croix, solennellement, et la reçut des mains de ce cardinal Hugo d'Ostie, qui, plus tard, devenu le pape Grégoire IX, devait lancer contre lui l'excommunication pour avoir failli à ce vœu. Il jura d'envoyer dès le mois de mars des renforts à l'armée des croisés et de partir luimême en août 122 i (4).
1. Voy. Huillard-Bréholles, Hlstoria diplomatica Friderici secundi, Introduction (1859), p. xLviii.
2. Voyez Eduard Winkelraann, Kaiser Friedrich 11^ 1. 1 (Leipzig, 1889), p. 53. Déjà en 1211 Guillaume avait reçu à Gênes Frédéric, pauvre et menacé (voy. Schirrmacher, Kaiser Friedrich der Zweife, 1. 1, p. 72, t. II, p. 16) ; mais il résulte des autres données de la chanson que ce fait ancien n'est pas en cause ici.
3. Huillard-Bréholles, Indrod., p. ccxiii ; Schirrmacher, t. I, p. 115.