XIV. — BERXARZ, DI MOI FuL'QUET, QU'OX TIKNT A SAGE
C'est en ces circonstances que fut écrite notre chanson. Elle est postérieure au couronnement de Frédéric (22 novembre 1220), pour les raisons que nous venons de dire ; elle doit être antérieure à la ruine de l'expédition du comte de Bar en Egypte et à l'évacuation de Damiette (7 septembre 1221 ). Pendant cette période, tandis que la chrétienté croyait imminent le départ de Frédéric II pour l'Orient, Hugues de Berzé dut prendre la croix et écrivit à Guillaume de faire comme lui. Xous savons que Folquet de Romans était alors en Italie et qu'il y assista peutêtre au couronnement de Frédéric II (voy. Zenker, Die Gedichte des Folquet de Roinans, p. 21, et chanson VI).
Cette interprétation a pour effet de supprimer toutes les difficultés rencontrées ci-dessus. En outre, elle explique que Hue^ues de Berzé dise à Folquet de Romans (v. 3-4^ qu'ils ont « usé en lecherie » tous deux « grant part de lor eage ». S'il avait écrit ces vers, comme on l'admettait jusqu'ici, en 1201, il faudrait qu'à cette date Folquet et lui, sans être nécessairement des vieillards, fussent déjà pour le moins des hommes de trente ans ; or, deux des chansons d'amour de Folquet (IV et V) sont postérieures à 1220 (voy. Zenker, p. 13) ; il les aurait donc rimées entre sa cinquantième et sa soixantième année : c'est un peu tard. Je laisse aux historiens de la littérature provençale le soin de reconnaître en quelle mesure cette détermination nouvelle de la date de la chanson de Hugues de Berzé doit modifier les dates et les circonstances de la biographie de Folquet de Romans (i).
1. J'uttre ici mes vifs lemciciemciits au siivant liistniioii de r(")rient latm, M. Cliiules Koliler, qui a bien voulu lire eu manuscrit mes rcmaniues sur ci'tto cliaiisou et me donner d'utiles indications.
Chansons de croisade
Xugo de Bersie mandet aqestas coblas a Falquet de Rotmans pcr un joglar qavia nom Bernart d' Argentan per predicar lui que vcngues con hii outra mar (i).
Bernarz, di moi Fouquet qu'on tient a sage Que n'emploit pas tôt son sen en folie, Que nos avons grant part de nostre eage
4 Entre nos deus usé en lecherie ; Et avons ja dou siegle tant apris Que bien savons que chascun jor vaut pis ; Por quoi feroit bon esmender sa vie,
8 Car a la fin est for de juglerie.
Dieus ! quel dolor, quel perte et quel damage
D'orne qui vaut quant il ne se chastie !
Mais tel i a, quant voit son bel estage 12 Et sa maison bien pleine et bien garnie,
Qui ne cuide soit autre paradis.
Ne le pensez, Fouquez, beaus douz amis.
Mais faites nous outre mer compaignie, i6 Que tôt ce faut, mais Dieus ne faudra mie.
Bernarz, encor me feras un message Au bon marchis cui aim sanz tricherie, Que je li pri qu'il aut en cest voiage, 20 Que Monferraz le doit d'ancesserie,