‹ Les chansons de croisadeChapitre 76 sur 145 · XIV. — BERNARZ, DI MOI KOUQUET, QU'OX TIENT A SAOE · texte numérisé non relu

XIV. — BERNARZ, DI MOI KOUQUET, QU'OX TIENT A SAOE

Que autre foiz fust perduz li pais, Ne fust Conraz, qui tant en ot de pris Qu'il n'iert ja mais nul tens que l'on ne die 24 Que par lui fu recovree Surie.

Naja d*aver porter ne seit pensis, Que SOS cosis l'emperere Freris En a assez, qui ne li faudra mie, 28 Qu'il l'acuilli molt bel en Lombardie.

Bernarz, di moi mon seignor au marchis Que de part moi te dont ce que m'as quis, Que j'ai la croiz qui me defeht et prie 32 Que ne mete mon avoir en folie.

TRADUCTION

Monseùjneur Hugues de Berzé adresse ces couplets à Fouquet de Romans par un joncjleur qui avait nom Bernart d' Argentan jjour l'engagera aller comme lui outre mer.

I. — Bernart, dis-moi à Foucjuet, qu'on tient pour saire, (|n'il ne dépense pas toute sa sagesse en œuvres folles, car nous avons tous deux usé dans les plaisirs une grande part de notre vie , et nous avons déjà assez appris des choses du monde pour savoir bien (ju'il vaut moins chaque jour. C'est pourquoi il serait bon d'amender s;i vie, car à la fin...

II. — Dieu! (piel deuil, quelle perte et quel dommage quand un homme de prix ne se corrige pas ! ^lais, tel, (piand il voit son lx«au train de vie et sa maison bien gaiMiie et bien pleine, croit (ju'il n'y a pas d'autre paradis. Ne le pensez pas, Fouipiet, Ikmui doux ami ; mais faites-nous compagnie outre iiur : car toutes ces choses mantjuent un jour, mais non pas Dieu.

III. — Bernart, tu me feras un message encore au bon marquis que

■^g^ LES CHANSONS DE CROISADE

j'aime loyalement : que je le prie de faire ce pèlerinage, car Montferrat le doit par devoir héréditaire. Jadis la Terre Sainte aurait été perdue, sans Conrad : il y gagna tant d'honneur qu'il n'y aura jamais de temps où l'on ne dise que la Syrie fut recouvrée par lui.

*^ Et qu'il ne s'inquiète pas d'emporter de l'argent : son cousin l'empereur Ferri en beaucoup et ne lui fera pas défaut, car le marquis l'a accueilli bellement en Lombardie.

* Bernart, dis-moi au marquis mon seigneur qu'il te donne de ma part ce que tu m'as demandé : car ma croix me défend et m'empêche de dépenser mon argent aux choses de vanité.

REMARQUES

Y. 4. D donne usé ; mais H porte usiei ; c'est sans doute cette dernière forme qui a invité G. Paris à introduire dans sa restitution du texte orio-inal la « forme bourguignonne » imi, et de même esmenMr (v. 7), pnseiz (v. 14), meir (v. 15), recovreie (v. 24'). Mais pour aucun de ces mots les manuscrits ne nous indiquent ces formes. Supposé (comme il est probable, cf. la remarque sur le vers 30) que ce développement de Va tonique libre ait appartenu à l'original, Hugues de Berzé devait en cette hypothèse avoir employé, outre celle-là, d'autres formes bourguignonnes encore. Puisqu'il nous est impossible de savoir lesquelles et en quelle proportion il accueillait dans ses chansons des traits dialectaux, puisque G. Paris se borne à restituer par tout le reste de la pièce des formes du • français de l'Ile de France, il est inutile d'y introduire ce trait bourguignon isolé.

y. 5. G. Paris accepte la leçon de Di E avons bien. H donne Edel siegle avemja tant apis, leçon qui peut être conservée en admettant la nonélision de Y'e de siegle, formant césure lyrique (cf. Rayn. 1659, v. 3 : DovM damé, a jointes mains vos proi). La leçon de D : Et avons bien dou siegle tant apis Que bien savons que est choquante par la répétition de bien et parce qneja est presque nécessaire au sens.

V. 8. D porte esfor dHoglaria ; H 2i es for de iuglaria. G. Paris écrit : est fors de juglerie et dit à la note : « Je ne vois pas bien le sens de ce

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