Ilôhricht, p
envoyé, porteur d'une bulle qui invitait ces zélés champions du Christ à renoncer à leur projet belliqueux, et, s'ils étaient déjà en route, à retourner chacun chez soi. Cet envoyé, arrivant à Lyon au mois de juillet, y trouva le roi de Navarre et les autres barons déjà réunis et prêts à se diriger vers Marseille. Il fut très mal reçu. Thibaut, entre autres, était trop avancé pour reculer (i) ». Dans le même temps, l'agent du pape en Allemagne, Albert de Bohême, menaçait de l'excommunication tous ceux qui voulaient partir pour la Terre Sainte (2). C'est le moment où Thibaut a pu le plus légitimement dire qu'il « voit escomenier cens qui plus offrent raison ». Il a pu le dire pourtant dès le mois d'avril, s'il fait allusion à l'excommunication du seul Frédéric et au blâme jeté par le pape sur les autres partisans de la croisade de Syrie. D'autre part, il convient de remarquer que les deux thèmes, l'un politique, l'autre amoureux, développés dans sa chanson, au lieu de réagir l'un sur l'autre, se suivent sans lien. On peut appliquer à cette pièce ce que G. Paris a dit excellemment d'une chanson de Jaufré Rudel : (( Elle nous offre les deux thèmes qui figurent dans beaucoup d'autres chansons de croisade, l'amour et l'enthousiasme religieux ; mais, tandis qu'ailleurs ils sont ou fondus ou mis en opposition, ici ils sont simplement juxtaposés de la façon la plus étrange. L'incohérence des pensées successivement exprimées dans une même pièce est un des caractères les plus communs de la poésie lyrique provençale (qui contraste singulièrement avec l'unité excessive que donne à chaque pièce le rapport des strophes entre elles). (3)» Ici, Thibaut se conforme visiblement à cette tradition de la technique provençale, et par suite il n'y a pas lieu de faire grand état, pour dater la pièce, de ses propos d'amour. Pourtant, à moins de les tenir comme