LI DOUZ PENSER ET LI DOUZ SOUVENIR
Raynaud : 1469.
Manuscrits. M, T, R' (B. X. fr. 1591, f« 29 v"), a, O, A'. V, X,R^(B. N. fr. 1591, f' 79 V").
Editions. La Ravallière, p. 139 ; P. R. Auo^uis, p. 9 ; Ad. Keller, Ro?nvart, 1841, p. 246 ; Tarbé, p. 40 ; Bartsch, Chrestojnalhie de t ancien français (édition revue par Léo Wiese, 1908, p. 185.)
Versification. Cinq strophes de huit décasyllabes {abbaccaà)\ la pièce est à coblas doblas ; envoi. — Remarquer la négligence du poète, qui ramène deux fois à la rime les mots maintenir (vers 4 et 9), avenir (vers 12 et 15, dans le même couplet), aidier (vers 23 et 31), vertu (vers 19 et 2^).
Classement des manuscrits. Il convient de reconnaître d'abord, ici comme ailleurs, la formation d'un groupe 0,A'rA' .• voy., au V. 10, ançois pour en soi (c'est une faute de l'oreille, et non de l'œil, et qui montre que le ms. d'où procèdent 0,I\\'X avait été dicté) ; à vrai dire, en ce v. 10, afiçois est aussi bon que en soi ; mais l'étroite parenté de 0,A'rA' se montre encore au fait que tous quatre ont omis le v. 40 ( i ).
1. J/ non plus n'a pas ce vers ; mais il faut adiuottro, si étmtipo que »oit le fait, qu'un niritue accident est arrivé à .)/ d'nuc part, au nicHlMo conunuii de OKï'X d'autre part : car, s'il est un fait constant dans les observations sur les rapports dw manusciits de chansons, c'est (jue M fait partie d'une faniilN? tpii n'oppose à l'autre ; et les autres variantes conduisent à la môme conclusion pt>ur cette pièce auHiti.
En second lieu, les mss. MTRa forment une autie famille : voy. le V. 22, où la plaie (au lieu de tel plaie) rend la phrase boiteuse, et le v. 12, oii en soi (au lieu à!encor) produit une répétition désagréable des mêmes mots à deux vers de distance.
Comme le ms. R^ ne se range ni dans l'un ni dans l'autre de ces groupes, on s'attendrait à ce que la comparaison des trois familles donnât partout un bon texte. Par malheur tous les manuscrits semblent remonter à une même copie déjà fautive : voy. le V. 20, où tous les mss., sauf R^, ont aviser (avisier), qui fausse la rime et aussi le sens (R^ a corrigé, soit spontanément et par conjecture, soit à l'aide d'un autre ms.) ; le v. 25, où tous les mss. ont convient, alors que le prétérit est nécessaire ; voir encore le V. 33, où il est probable que le modèle commun des neuf manuscrits portait déjà la leçon mauvaise Des granz beautez {aKX ont corrigé indépendamment les uns des autres, parce que la correction s'imposait). On peut exprimer ces remarques par cette figure : x
MTRa i?3 O^KVX
Auteur et Date. C'est <l d'outre la mer salée » que Thibaut de Champagne adresse cette chanson à sa dame. Il l'a donc écrite entre le i^"" septembre 1239, jour de son débarquement à Acre, et les premiers jours de septembre 1240, date où il quitte la Syrie, sans y avoir rien accompli de considérable. Si l'on peut prendre à la lettre la strophe IV, qui est assez obscure, et comprendre qu'il désespère de revoir sa dame, cette chanson aurait suivi de près le désastre de Gaza et aurait précédé les négociations entreprises par Thibaut avec les princes Musulmans. Il l'aurait écrite sensiblement dans le même temps où Philippe de Nanteuil rimait sa pièce en faveur des prisonniers et où courait par IV ost » la chanson, injurieuse pour les hauts barons, qu'on trouvera plus loin
XVI ir. — LI DOUZ PENSER ET LI DOUZ SOUVENIR
Musique. Il y a un accord assez rare entre les manuscrits MKVX en ce qui concerne le texte mélodique de cette pièce- Mais R donne de ce texte deux versions ; la première est une déformation du texte des autres manuscrits, la seconde lui est propre. Nous publierons le texte de M, qui est très régulier, et la
seconde version de R.
MELODIE I
Texte nn'l<><li'|ii<- «le M.
Li douz pensers et li douz souvenirs Mi fait mon cuer espanre de chanter
-Ti
^tfz^i^zîz:
Et fine Amor qui ne mi lait du-rer, Qui fait les siens en joi-c maintc-nir
iif^i±5=f^:5zd
^zzîsz^îz^
Et met es cuers la dou-ce remembrance : Por c'est amors de trop hau-te
-^— nf-
poissance, Qui en esmai fait home resjo-ïr Ne por do-loir nou laist de lui
partir.
MELODIE II
Texte niel<Hli(juo <lo R,
5irr=:^;z;z=r-
:;=îv
Mi dous penser et mi dous souvenir Me font mon cuer esprendre de chanter
a — âiult:
Et fine amour qui ne mi lait dou-ter, Qui fait les siens de joi-e maintenir
:l:s-=:zr;-=[t
îzn
Et met es cuers la douce ramembrancc : l'our c'est Amors de trop hauic
puissance, Car en s'esmai fait lioinnic rcsjo-ïr Ne pourdoulour ne laist de
lui par-tir.
Li douz penser et li douz souvenir Mi font mon cuer espanre de chanter Et fine Amors qui ne m'i lait durer,
4 Qui fait les siens en joie maintenir
Et met es cuers la douce remembrance : Por c*est Amors de trop haute poissance, Qui en esmai fait home resjoïr
8 Ne por doloir nou lait de li partir.
Sens et honor ne puet nus maintenir,
S'il n'a en soi senti les max d'amer,
N'a grant valor ne puet por rien monter,
1 2 N'onques encor nou vit nus avenir ;
Por ce vos pri, d' Amors droite semblance. Qu'on ne s'en doit partir por esmaiance, Ne j a de moi nou verroiz avenir,
1 6 Que toz parfais vueil en amors morir.
Dame, se je vous osasse prier, Moût me seroit, ce cuit, bien avenu ; Mes il n'a pas en moi tant de vertu 20 Que devant vos vos os bien araisnier :
I. — 1 iZ' et un. Tous les mss. ont pensers, souvenirs — 2 Tous les mss., sauf //', ont fait — 3 M amor, jRs lait douter — 4 TR^a de ioie — 7 R^ Car en sa esmai («>), iÇ3 Car — 8 7' nen laist de li, ^' doulour ne 1., MTR"^ de lui, V p. dolor.
II. — 9 ^' pu2t mes nus tenir — 10 i?' en li sentu, Ta sentu, Fsentuz, OKV na ancois s., X na senti ancois 1., a damours — 11 M^a Nen gr. — 12 MTa Nonques en soi nou (7" ne) vit, 7?' Nonques ainsi, OKVX vit on a. — 13 Tous les mss., sauf B^, ont Por (Jî/" Par) ce vos pri (^R^ prins, F preuf) damors droite (^Ta douce) semblance, R^ Pour ce est amours de si douce s. — 14 il/Quen, TR^a Con ne se, R^ par e. — 15 ynel veries, 72' par moi, R^ ne uenres a., a nel uenres — 16 R^ tout.
III. — 17 KX os a ce p. — 18 MR^a ie cuit, ij!' ce croi, 0 Moût en s. — 20 i?3 ff'iil rj di,x2À^mQ.v ; les antres mss. 2ivA%\QT (^Ma auiser), R^ vos mosse bien auiller.