‹ Les chansons de croisadeChapitre 94 sur 145 · XVIII. — LI DOUZ PENSER ET LI DOUZ SOUVENIR · texte numérisé non relu

XVIII. — LI DOUZ PENSER ET LI DOUZ SOUVENIR

Ice me font et m'ocit et m'esmaie ; Vostre biauté fait a mon cuer tel plaie Que de mes ielz seul ne me puis aidier 24 Dou resgarder dont je ai desirier.

Quant me couvint, dame, de vos loi^nier,

Onques certes plus dolens hom ne fu,

Et Dex feroit, ce croi, por moi vertu, 28 Se je ja mes vos pooie aprochier,

Que toz les biens et toz les max que j'aie

Ai je de vos, douce dame veraie,

Ne ja sanz vos nus ne me puisse aidier ! 32 Non fera il, qu'il n'i avroit niestier.

Ses grands biautés dont nus hom n'a pooir

Qu'il en deist la cinquantisme part,

Li dit plaisant, li amoreus regart 36 Mi font souvent resjoïr et doloir ;

Joie en atent, que mes cuers a ce bee.

Et la paors rest dedens moi entrée :

Ensi m'estuet morir par estouvoir 40 En grant esmai, en joie et en voloir.

21 iZ3 Ce mi confont et ocit etesm.,.1/ niocist, Ji'KP'X et oeist (A'A'ocit) et esnmic

— 22 MTWa c. la (ji le) plaie — 23-4 U^ Dun dons re},'art dont iai tel desirier Qu-> (le mes iex ne vous os re.u^anler — 24 a Doue, .Vdesirrer.

IV. — 2.') Tous 1rs niss. ont couviciit, 7' Tant, //' e. «le vous dame es.. lî^ e. de vous a esloignier, a de vos eslongier, T Quant de vos dame me o. c. — 2«» //' certes bons plusd. ne — 27 U^ ie croi, OA'VX f. por moi ee eroi (^/'eccuit) v. —21» U*a que iai

— 30 Ta par vos, F Aie de — 31 It^TK l'X puist, 10 men puet, On mepuct — 32 M Nou f. il i\\\\ ni, 0 ^\\xt ne mauroit, a i\\ ni.

V. — Cette strophe manque en 11^ — 33 li' C'est ^t., yfTiKil' Pes ^t. — 31 li' d, nei8 la (quarte partie, O la einciainme partie, /' la cimpiieme partie, «i 1» «juiiinie

— 35 10 li am. vie, O li ris— 36 OKl'X me, /^ esioir — 37 7?' quant mes - Jo ni(in</neeu MOh'lW.

204 LES CHAJfSONS DE CROISADE

Dame, de qui est ma grans desirree, Saluz vos mant d'outre la mer salée Com a celi ou je pens main et soir, 44 N'autres pensers ne me fet joie avoir.

— Les vers 40-4 manquent en R"^ et en K. — 41 TO VX cui — 43 3/ celui, X celé, 0 ou pans et main et s. — 44 V manque.

TRADUCTION

I. — Doux penser et doux souvenir m'éprennent le cœur du désir de chanter, et aussi courtois Amour qui ne me laisse point de répit, qui maintient les siens en joie et met dans les cœurs la douce souvenance ; par là Amour est de haute puissance, lui qui fait que l'homme se réjouit en sa détresse et qui l'empêche de se séparer de lui malgré la souffrance.

IL — S'il n'a en lui senti les maux d'amour, nul ne peut observer sens et honneur, et, quoi qu'il fasse, monter à haute valeur ; et jamais personne n'a vu la chose arriver ; c'est pourquoi je vous prie, vraie image d'Amour : on ne doit pas, quoi qu'on endure, se séparer de lui, et jamais vous ne me verrez le faire, car je veux mourir amant accompli

III. — Dame, si j'avais osé vous prier, il m'en serait, je le crois, bien advenu ; mais il n'y a pas en moi assez de hardiesse pour qu'en votre présence je vous ose bien parler. C'est ce qui me confond, me tue et me désespère : votre beauté me fait au cœur telle blessure que je ne puis même obtenir de mes yeux ce secours de vous regarder, dont j'ai désir

IV. — Quand il me fallut, dame, m'éloigner de vous, jamais certes il n'y eut homme plus attristé que moi, et Dieu ferait pour moi un miracle» je crois, si jamais je pouvais vous approcher ; tous les biens et tous les maux que j'ai, je les ai de vous, douce dame loyale, et d'ailleurs je souhaite que personne sans vous ne puisse m'aider. Personne ne le fera : ce serait inutile.

V. — Ses grandes beautés, dont nul ne pourrait décrire la cinquantième partie, les plaisants propos, les amoureux regards me font tout ensemble joyeux et triste. J'en attends joie, et c'est à quoi mon cœur aspire,

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