XVIII. — LI DOL'Z PENSER ET LI DOUZ SOUVENIR
et d'autre part la crainte est entrée en moi. Ainsi il me faut mourir en grande détresse, en joie et en désir....
• Dame, en qui est mon grand désir, je vous mande mon salut d'outre la mer salée comme à celle à qui je pense au matin et au soir, et nul autre penser ne me fait joie.
REMARQUES
V. 1-2. Il est téméraire, sans doute, de remplacer par le pluriel le singulier qu'ont tous les manuscrits, sauf R' ; mais garder souvenirs à la rime, c'est attribuer au poète, soit une faute de déclinaison, soit une négligence de versification également invraisemblables. Nous avons d'ailleurs remarqué ci-dessus que tous les mss. remontent vraisemblablement à une même copie déjà fautive.
V. 4. Amors... q^id fait les siens en joie maintenir. M. Tobler {Mèlamies de grammaire française, traduction Max Kuttner et Léopold Sudre, 11)05, p. 24) a relevé et ingénieusement commenté un certain nombre d'e.xemples de telles périphrases (par ex., deux personnages, qui chevauchent ensemble, /o;i^ un sentier maintenant traverser). L'emploi de faire est ici analogue, mais non tout à fait semblable ; il est à rapprocher plutôt de faire espanre du v. 2. Ces exemples où faire garde encore queUiue valeur propre sont utiles pour expli(iuer la transition aux locutions purement périphrastiques, telles que faites moi escouter = écoutez-moi.
y. \?)-\\. Le texte que nous avons adopté et qui est le plus autorisé semble être le bon. Pourtant, si l'on admet, comme nous avons fait, cjue tous les mss. remontent à une copie fautive, et (ju'en certains cas (au v. 20 par ex.), tel copiste isolé a pu corriger son texte à l'aide d'un manuscrit qui ne nous est point parvenu, on peut être tenté par la leçon de A" :
Pour c'est Amours de si droite semblance Qu'on ne s'en doit [)arLir por esmaiance...
V. 29-32. Ces vers ne sont pas clairs : cette pensée, « il faudrait un miracle de Dieu pour que jamais je pusse tn'approcher de vous » et cette autre k tous mes biens et tous mes maux viennent de vous, ma dame » sont reliées l'une à l'autre par que, c'est-à-dire par car, sîins qu'où voie
pourtant aucun lien logique entre Tune et l'autre. Au v. 32, il désigne-til Dieu ? On ne voit pas à quel autre que Dieu l'appliquer, et pourtant comment Thibaut pourrait-il dire qu'il serait inutile (ou superflu) que Dieu vînt à son aide ? Veut-il signifier qu'il est décidé à mourir et à repousser l'aide éventuelle de Dieu ? Alors comment expliquer qu'au v. 37 il « attende > encore « joie » de sa dame ? — Pour sortir de ces difficultés, on peut supposer que nus, au v. 31, quoique au masculin, signifie ^erson^^e et s'applique à une dame quelconque. Entre les vers 28 et 29, pour rétablir le lien, sous-entendre : « et il est naturel que je la désire, car... »