XIX. — LI DKl'ARTIitS DK 1,A DOl'c K CUNTKKK Jl
TRADUCTION
r. — Le départ de la douce contrée o\i est la belle m'a mis en grande tristesse. Il me faut (juitter la créature que j'ai le plus aimée pour servir Dieu, mon créateur, et pourtant je reste tout entier en Tamour d'elle, car je lui laisse tout mon cœur et toute ma pensée ; si mon corps va servir Notre Sei<<neur, je n'ai point pour cela oublié courtois amour.
IL — Amour, c'est trop dure séparation, quand il me faut m'éloi^rner de la meilleure qui jamais soit née, tant il y a en elle de courtoisie et de valeur. Nul ne doit s'émerveiller si je pleure, puisque mon corps va suivre sa destinée, tandis que déjà s'est mis sur la voie du retour mon cŒur courtois qui, fidèle, tend vers ma dame et aspire après elle.
III. — Dame en qui est ma mort et ma vie, je me sépare de vous à plus ofrand deuil que je ne dis ; vous avez mon cœur tout en votre {x^nvoir ; retenez-le, ou vous m'avez trahi. Dieu, où irai-je ? ferai-je plainte et cri quand il me faut me séparer de mon cœur et le laisser à celle qui jamais ne me laissa nulle partie du sien ?
IV. — Tel faux amant remercie Amour, et à bon droit, des biens dont il jouit, tandis que moi, je n'obtiens pas merci ; il met sa confiance en ses flatteries et en son manque de foi ; moi, en mon service ; ma loyauté m'enlève, je le sais en toute vérité, la joie ({ue j'ai raisonnablement méritée ; j'ai grand regret de l'avoir jamais vue, puis(iu'Amour me défie de la sorte à cause d'elle.
X. — Douce dame, que mon cœur n'oublie pas, veuillez, pour l'amour de Dieu, ne pas m'oublier. Jamais je ne ferai autre amie ; je vous vn prie par Dieu, ne faites pas autre ami. ^lais, si j'apprends (pie vous vous
raillez de moi, ma mort Mais vous ne ferez pas de moi un ennemi,
si loyauté ne m'est ennemie.
^*^. — En vous quittant, douce dame, je vous prie (pie pour nul propos de médisant vous ne me mettiez en oubli, et moi, en retour, jamais à votre encontre je ne ferai vilenie.