POUR JEANNE SEULE
Je ne me mets pas en peine Du clocher ni du beflroi; Je ne sais rien de la reine, Et je ne sais rien du roi ;
J'ignore, je le confesse, Si le sei.^neur est hautain, Si le curé dit la messe En grec ou bien en latin.
S'il faut qu'on pleure ou qu'on danse.
Si les nids jasent entre eux; Mais sais-tu ce que je pense?
C'est que je sui-< amoureux.
Sais-lu, Jeanne, à quoi je rêve?
C'est au mouvement d'oiseau De ton pied blanc qui se lève Quand tu passes le ruisseau.
Et sais-tu ce qui me gêne?
C'est qu'à travers l'horizon, Jeanne, une invisible chaîne Me tire vers ta maison.
Et sais-tu ce qui m'ennuie?
C'est l'air charmant et vainqueur,
LliS CHANSONS Dl'S RUES liT DES BOIS.
Jeanne, dont lu fais la pluie
Et le beau temps dans mon cœur.
El sais-tu ce qui m'occupe, Jeanne? C'est que j'aime mieux La moindre fleur de ta jupe Que tous les astres des cieux.
Jeanne chante ; elle se penche Et s'envole; elle me plaît; Et, comme de branche en branche, Va de couplet en couplet.
De quoi donc me parlait-elle?
Avec sa fleur au corset, Et Taube dans sa prunelle, Qu'est-ce donc qu'elle disait?
Parlait-elle de la gloire, Des camps, du ciel, du drapeau, Ou de ce qu'il faut de moire Au bavolet d'un chapeau?
Son intention fut-elle
De troubler l'esprit voilé
Que Dieu dans ma chair mortelle
Et frémissante a mêlé?
Je ne sais. J'écoute encore.
Était-ce psaume ou chanson?
Les fauvettes de l'aurore Donnent le même frisson.
J'étais comme en une fête; J'essayais un vague essor;
J'eusse voulu sur ma trie Mettre une couronne d'or,
Kt voir sa beauté sans voiles, Et joindre à mes Jours ses Jours, Et prendre au ciel les étoiles, Et qu'on vînt à mon secours!
J'étais ivre d'une femme ; Mal charmant qui fait mourir, llélas! Je me sentais l'âme Touchée et prête à s'ouvrir:
Car pour qu'un cerveau se fêle, Et s'échappe en songfs vains, 11 suffît du bout de l'aile D'un de ces oiseaux divins.