DUEL EN JUIN
Mon pouls dans mes tempes battait ; Et le marquis riait de Jeanne !
Le soir la campagne se tait, Le veut dort, le nuage llàne;
Mais le poëte a le frisson, Il se sent extraordinaire, 11 va, couvant une chanson Dans laquelle roule un tonnerre.
Je me dis : — Cyrus dégaina Pour reprendre une bandelette De la reine Abaïdorna Que ronge aujourd'hui la belette.
Serais-je moins brave et moins beau Que Cyrus, roi d'Ur et de Sarde?
Cette reine dans son tombeau Vaut-elle Jeanne en sa mansarde? —
Faire le siège d'un ruban!
Quelle œuvre! Il faut un art farouche; Et ce n'est pas trop d'un Yauban Complété par un Scaramouche.
Le marquis barrait le chemin.
Prompt comme Joubert sur l'Adige, J'arrachai l'objet de sa main.
— Monsieur! cria-t-il. — Soit, lui dis-je.
Il se dressa tout en courroux.
Et moi, je pris ma mine altière.
— Je suis marquis, dit-il, et vous?
— Chevalier de la Jarretière.
— Soyez deux. — J'aurai mon témoin.
— Je vous tue, et je vous tiens quitte.
— Où ça? — Là, dans ce tas de foin.
— Vous en déjeunerez ensuite;
Li;S C11A.\S0.\S DLS IlLliS LT DES liOIS.
C'est pourquoi demain, réveillés, Les faunes, au bruit des rapières, Derrière les buissons mouillés.
Ouvriront leurs vagues paupières.
La nature est pleine d'amour, Jeanne, autour de nos humbles joies; Et les fleurs semblent tour à tour Se dresser pour que tu les voies.
Vive Angélique! à bas Orgon !
L'hiver, qu'insultent nos huées, Recule, et son profil bougon Va s'effaçant dans les nuées.
La sérénité de nos cœurs, Où chantent les bonheurs sans nombre.
Complète, en ces doux mois vainqueurs, L'évanouissement de l'ombre.
Juin couvre de fleurs les sommets, Et dit partout les mêmes choses ; Mais est-ce qu'on se plaint jamais De la prolixité des roses?
L'hirondelle, sur ton front pur, Vient f-i près de tes yeux fidèles, Qu'on pourrait compter dans l'azur Toutes les plumes de ses ailes.
Ta grâce est un rayon charmant ; Ta jeunesse, enfantine encore,
Éclaire le bleu firmament, Et renvoie au ciel de Taurore.
De sa res.seml)lance avec toi Le lys pur sourit dans sa gloire:
Ton âme est une urne de foi Où la colombe voudrait boire.
Ami, j'ai quitté vos fêtes.
Mon esprit, à demi-voix.
Hors de tout ce que vous faites, Est appelé par les bois.
J'irai, loin des murs de marbre, Tant que je pourrai marcher.
Fraterniser avec l'arbre, La fauvette et le rocher.
Je fuirai loin de la ville Tant que Dieu clément et doux Voudra me mettre un peu d'huile Entre les os des genoux.
Ne va pas croire du reste Que, bucolique et hautain.
J'exige, pour être agreste.
Le vieux champ grec ou latin ;
Ne crois pas que ma pensée.
Vierge au soupir étouffé.
Ne sachant où prendre Alcée, Se rabatte sur d'LJrfé;
Ne crois pas que je demande L'Hémus où Virgile erra.
»0 LKS CHANSONS UKS IIUKS K i bhS liOIS.
Dans de la terre normande Mon églogue poussera.
Pour mon vers, que l'air secoue, Les pommiers sont sullisants; Kt mes berj^ers, je l'avoue, Ami, sont des paysans.
Mon idylle est ainsi faite; Franche, elle n'a [)as besoin D'avoir dans son miel l'Ilyniètc Et l'Arcadie en son foin.
Elle chante, et se contente,
Sur l'hei'be où je viens m'a^scoir.
De l'haleine haletante
Du bœuf qui rentre le soir.
Elle n'est point misérable Et ne pense pas déchoir Parce qu'Alain, sous l'érable, Ote à, Toinon son mouchoir.
Elle honore Théocrite :
Mais ne se fâche pas trop Que la fleur soit Marguerite Et que l'oiseau soit Pierrot.
J'aime les murs pleins de fentes D'où sortent les li.-erons, F.t les mouches triomphantes Qui souillent dans leurs clairons;
J'aime l'église et ses lombes.
L'invalide et son biton ; J'aime, autant (pie les colombes Qui jadis venaient, dit-on,
Conter leurs métempsycoses A Tcrpandre dans Lesbos,