‹ Les chansons des rues et des boisChapitre 16 sur 79 · AMI, J'AI QUITTÉ VOS FÊTES · texte numérisé non relu

AMI, J'AI QUITTÉ VOS FÊTES

Les petites filles roses Sortant du prêche en sabots ;

J'aime autant Sedaine et Jeanne Qu'Orpliée et Pratérynnis.

Le blé pousse, Toiseau plane, Et les deux sont infinis.

YI A JEANNE

Ces lieux sont purs; tu les complètes, (le bois, loin des soutiers battus, Semble avoir fait des violeltes, Jeanne, avec toutes tes vertus.

L'aurore ressemble à ton âge; Jeanne, il existe sous les cieux On ne sait quel doux voisinage Des bons cœurs avec les beaux lieux.

Tout ce vallon est une fôle Qui t'olTre son humble bonheur; C'est un nimbe autour de ta tôte; C'est un édcn en ton honneur.

Tout ce qui t\ipi)roclie désire Se faire regarder par lui, Sachant (pie la chanson, Um rire, Et ton front, sont de bonne foi.

O Jeanne, ta douceur est telle Qu'en errant dans ces bois bénis.

Elle fait dresser devant elle Les petites tètes des nids.

Yll LES ÉTOILES FILANTES

A qui donc le grand ciel sombre Jette- t-il ses astres d"or?

Pluie éclatante de l'ombre.

Ils tombent... — Encor! encorl

Encor! — lueurs éloignées, Feux purs, pâles orients, Ils scintillent... — ô poignées De diamants efifrayants!

C'est de la splendeur qui rôde.

Ce sont des points univers.

La foudre dans l'émeraude !

Des bleuets dans des éclairs l

Réalités et chimères Traversant nos soirs d'été'.

Escarboucles éphémères De l'obscure éternité !

De quel main sortent-elles?

Cieux, à qui donc jette-t-on

84 LKS CHANSONS DKS HLES ET DES liOlS.

Ces tourbillons d'étincelles?

Est-ce à rànie de Platon?

Est-ce à l'esprit de Virgile?

Est-ce aux monts? est-ce au flot vert?

Est-ce à rimniensc évantrile

Que Jésus-Christ tient ouvert?

Est-ce à la tiare énorme De quelque Voïsc enfant Dont lame a déjà la forme Du firmament triomphant?

Ces feux vont-ils aux prières?

A qui rinconnu profond Ajoute-t-il ces lumières.

Vagues llammes de son front?

Est-ce, dans l'azur superbe, Aux religions que Dieu, Pour accentuer son verbe, Jette ces langues de feu ?

Est-ce au-dessus de la Bible Que llamboio, éclate et luit L'<''par|)illemcnt terrible Du sombre écrin de la nuit?

Nos questions en vain pressent Le ciel, fatal ou béni.

Qui peut dire à qui s'adressent Ces envois de l'infini?

Qu'est-ce que c'est que ces chutes D'éclairs au ciel arraches?

Mystère! sont-ce des luttes?

Sont-ce des hymens? Cherchez.

Sont-ce les anges du soufre?

Voyons-nous quehiue essaim bleu

D'argyraspides du gouffre Fuir sur des chevaux de feu?

Est-ce le Dieu des désastres, Le Sabaoth irrité, Qui lapide avec des astres Quelque soleil révolté?

Mais qu'importe! l'herbe est verte, Et c'est l'été! ne pensons, Jeanne, qu'à l'ombre entr'ouverte, Qu'aux parfums et qu'aux chansons.

La grande saison joyeuse Nous offre les prés, les eaux, Les cressons mouillés, l'yeuse, Et l'exemple des oiseaux.

L'été, vainqueur des tempêtes, Doreur des cieux essuyés.

Met des raj-ons sur nos têtes Et des fraises sous nos pieds.

Été sacré ! l'air soupire.

Dieu, qui veut tout apaiser, Fait le jour pour le sourire Et la nuit pour le baiser.

L'étang frémit sous les aulnes;

La plaine est un gouffre d'or

Où court, dans les grands blés jaunes,

Le frisson de messidor.

C'est l'instant qu'il faut qu'on aime, Et qu'on le dise aux forêts.

8G LES CHANSONS DFS RLl-.S KT DES BOIS.

VA qu'on ail pour but suprême La mousse des antres frais!

A quoi bon songer aux choses Qui se passent dans les cieux?

Viens, donnons notre âme aux roses; C'est ce qui l'emplit le mieux.

Viens, laissons là tous ces rêves, Puisque nous sommes au mois Où les charmilles, les grèves. Kl les cœurs, sont pleins de voix !

L'amant entraîiii? l'amante, Knliardi dans son dessein Parla trahison charmante Du ficliu montrant le sein.

Ton pied sous ta robe passe, Jeanne, et j'aime mieux le voir Que d'écouter dans l'espace Les sombres strophes du soir.

11 ne faut pas craindre, ô belle, De montrer aux prés fleuris Ou'on est jeune, peu rebelle, Blanche, cl (ju'on vient de Paris.

La campagne est caressante Au frais amour ébloui ; L'arbr.' est gai po irvu qu'il sente <^)iie Jeanne vu dire oui.

Aimons-nous! et que les sphères Fassent ce qu'eles voudront!

11 est nuit; dans les clairières Les chansons dansent en rond ;

L'ode court dans les rosées; Tout cliante; et dans les torrents

Les idylles déchaussées

Baignent leurs pieds transparents ;

La bacchanale de Tombre Se célèbre vaguement Sous les feuillages sans nombre Pénétrés de firmament ;

Les lutins, les hirondelles, Entrevus, évanouis, Font un ravissant bruit d'ailes Dans la bleue horreur des nuits;

La fauvette et la sirène Chantent des chants alternés Dans l'immense ombre sereine Qui dit aux âmes : Venez !

Car les solitudes aiment

Ces caresses, ces frissons,

Et, le soir, les rameaux sèment

Les sylphes sur les gazons ;

L'elfe tombe des lianes Avec des fleurs plein les mains; On voit de pâles dianes Dans la lueur des chemins ;

L'ondin baise les nymphces;

Le hallier rit quand il sent

Les courbures que les fées

Font aux brins d'herbe en passant.

Viens; les rossignols t'écoutent ; Et l'éden n'est pas détruit Par deux amants qui s'ajoutent A ces noces de la nuit.

Viens; qu'en son nid qui verdoie.

Le moineau bohémien

Soit jaloux de voir ma joie.

Et ton cœur si pn-s du mien.

Cliarnions l'arbre et sa ramure Du tondre aocompaf^nomenl Que nous faisons au murmure Des feuilles, en nous aimant.

A la face dos myst«^res, Crions que nous nous aimons I Les grands chênes solitaires Y consentent sur les monts.

0 Jeanne, c'est pour ces ftMes, Pour ces gaîtés, pour ces chants, Pour ces amours, que sont faites Toutes k's grâces des champs!

Ke treml)le pas, quoiqu'un songe Emplisse mes yeux ardents.

Ne crains d'eux aucun mensonge, Puisque mon âme est dodans.

Heste chaste sans panique.

Sois charmante avec grandeur.

L'épaisseur de la tunique, Jeanne, rend l'amour boudeur.

Pas de terreur, pas de transe; Le ciel diaphane absout Du pécho dt^ lrans|)arcncc La gaze du canezout.

La nature est attendrie; Il faut vivre 1 il faut errer Dans la douce eflrontcrie De rire et de s'adorer.

Viens, aimo, ouljlions le monde, Môlons l'ùme à l'ùme, et vois

Monter la lune profonde Entre les branches des bois î

ni

Les deux amants, sous la nue, Songent, charmants et vermeils... — L'immensité continue Ses semailles de soleils.

A travers le ciel sonore, Tandis que, du haut des nuits, Pleuvent, poussière d'aurore, Les astres épanouis,

Tas de feux tombants qui perce Le zénith vaste et bruni.

Braise énorme que disperse L'encensoir de l'infini ;

En bas, parmi la rosée.

Étalant l'arum, l'œillet, La pervenche, la pensée, Le lys, lueur de juillet.

De brume à demi noyée, Au centre de la forêt, La prairie est déployée, Et frissonne, et l'on dirait

Que la terre, sous les voiles Des grands bois mouillés de pleurs, Pour recevoir les étoiles Tend son tablier de fleurs.

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