LE DOIGT DE LA FEMME
Dieu prit sa plus molle argile Et son plus pur kaolin, El fit un bijou fragile, Mystérieux et câlin.
Il fit le doigt (le la femme, Chef-d'œuvre auguste et charmant.
Ce doigt fait pour toucher Tàme Et montrer le firmament.
Il mit dans ce doigt le reste De la lueur qu'il venait D'employer au front céleste De l'heure où l'aurore naît.
Il y mit l'ombre du voile, Le tremblement du berceau, Quelque chose de l'étoile, Quelque chose de l'oiseau.
Le Père qui nous engendre Fit ce doigt mêle d'azur.
144 LES CHANSONS DKS HUKS KT DKS BOIS.
Très fort pour qu'il rostàt tondre, Très lilanr pour (pi'il restât pur,
Et très doux, afin qu'en somme Jamais le mal n'en sortît.
Et qu'il put seml^ler à l'iiommc Le doigt de Dieu, plus petit.
Il en orna la main d'kve, Cette frêle ot chaste main Qui se pose comme un rêve Sur le front du ^enre humain.
Cette huml)le main ignorante, Guide de l'iiomme incertain.
Qu'on voit trembler, transparente.
Sur la lampe du destin.
Oh! dans ton apothèo.se, Femme, ange aux regards bais.s6s, La beauté, c'est peu de chose, La grâce n'est pas assez ;
11 faut aimer. Tout soupire, L'onde, la fleur, l'alcyon; La grâce n'est qu'un sourire.
La beauté n'est qu'un rayon ;
Dieu, qui veut qu'Kve se dresse Sur notre nide chemin.
Kit |)our l'amour la caresse, Pour la caresse la main.
Dieu, lorsfjue ce doigt qu'on aime Sur l'argile fut conquis.
S'applaudit, car le suprême Est fier de créer l'exquis.
Ayant fait ce doigt sublime, Dieu dit aux anges : Voilà!