‹ Les chansons des rues et des boisChapitre 30 sur 79 · LE DOIGT DE LA FEMME · texte numérisé non relu

LE DOIGT DE LA FEMME

Puis s'endormit dans l'abîme; Le diable alors s'éveilla.

Dans l'ombre où Dieu se repose, Il vint, noir sur l'orient, Et tout au bout du doigt rose Mit un ongle en souriant.

AL' POiiTK MÙUANTE

Ami, viens inc rejoindre.

Les bois sont innocents.

11 est bon de voir poindre L'aube des paysans.

Paris, niornc et l'arouclie, Tousse des liurlenients Ht se tord sous lu doiiclH- Des noirs événements.

11 r(>vient, lui sinistre, Ktrani^e état normal !

A rennui par le cuistre Kl |)ar le nioiistr*- au jnai.

J'ai fui; viens. C'est dans l'ombre Oiic nous nous réchauMons.

J'habite un pays sombre Plein de rêves profonds.

Les récits de grand'raère Et les signes de croix Ont mis une chimère Charmante, dans les bois.

Ici, sous chaque i)orte, S'assied le fabliau, Kain du foyer qui porte Perruque in-folio.

L'elfe dans les nyraphées Fait tourner ses fuseaux; Ici l'on a des fées Comme ailleurs des oiseaux.

Le conte, aimé des chaumes, Trouve au bord des chemins, Parfois un nid de gnomes Qu'il prend dans ses deux mains.

Les follets sont des drôles Pétris d'ombre et d'azur, Qui font aux creux des saules Un tlamboiement obscur.

Le faune aux doigts d'écorce Rapproche par moments Sous la table au pied torse Les genoux des amants.

Le soir un lutin cogne Aux plafonds des manoirs; Les étangs de Sologne Sont de pâles miroirs.

Les nénuphars des berges Me regardent la nuit;

lis Li;S CHANSONS DES IlUKS KT DKS llUlS

Les fleurs semblent des vierges; L'âme des choses luit.

Cette bruyère est douce; Ici le ciel est l)lou, L'homme vit, le blé pousse Dans la bonté de Dieu.

J'habite sous les chênes Frémissants et calmants; L'air est tiède, et les plaines Sont des rayon nomcnts.

Je me suis fait un gîte D'arbres, sourds à nos pas; Ce (jue le vent agite, L'homme ne l'émeut pas.

Le matin, je sommeille Confusément encor.

L'aube arrive vermeille Dans une irloirc d'or.

— Ami, dit la ramée, 11 fait jour maintenant. — Tne mouche enfermée M'éveille en bourdonnant.

Viens, loin des catastrojjheSj Mêler .sous nos berceaux

Le frisson de tes strophes Au tremblement des eaux.

Viens, l'étang solitaire Est un poëme aussi.

Les lacs ont le mystère, Nos cœurs ont le souci.

Tout comme l'hirondelle.

La stance quelquefois Aime à mouiller son aile Dans la mare des bois.

C'est, la tète inondée Des pleurs de la forêt, Que souvent le spondée A Virgile apparaît.

C'est des sources, des îles, Du hêtre et du glaïeul Que sort ce tas d'idylles Dont Tityre est l'aïeul.

Segrais, chez Pan son hôte, Fit un livre serein Où la grenouille saute Du sonnet au quatrain.

Pendant qu'en sa nacelle Raean chantait Babet, Du bec de la sarcelle Une rime tombait.

Moi, ce serait ma joie D'errer dans la fraîcheur D'une églogue où l'on voie Fuir le martin-pêcheur.

L'ode même, superbe.

Jamais ne renia

ir>(» i,Fs CHANSONS i)i:s nui;s kt dks nois.

Toute cotte frrandc lK'rl)o Oi'i rit Tilania.

Ami, r<4aiig révèle Kl mêle, hrin à brin, Lne flore nouvelle Au vieil alexandrin.

Le style se retrempe Lorsque nous le plonçreons Dans cette eau s(»ml)re où rampe Un esprit sons les Joncs.

Viens, pdur peu que tu veuilles Voir croître dans ton vers La spliaifrne aux larges feuilles Et les grands roseaux vorts.

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