CHIMIE
• Le soit* vient à pas lents, mais \\ vient : il prolonge Ces rayons qui jour semblent être le songe,
Le songe fugitif et se perdant sans bruit * ,
Dans l’inconnu Sommeil d’une ins'ondable nuit. .
Nuit terrible, nuit, solennelle,
• Qu’est-ce qui couve sous ton aije,
Qu’epl-ce qui- doDt? .
Est-ce la vie, lest-ce la mprt? .
— uo —
De (on abîme où tout s’enfonce,
Sortira-t-il, pour ta réponse.
Un nouveau jour, un nouveau bien.
Ou rien ?
Pourquoi te troubles-tu, mon âme, devant elle?
Ne sens-tu pas en toi la Présence immortelle De ce qui vil, qui reste, et ne saurait finir.
De ce qui te fit être et te peut rajeunir?
En vain l’ombre te couvre, et même tes pensées T’échappent feuille à feuille, au vent noir dispersées; Nul élément jamais tout entier ne périt.
Et ce qui te fit toi dans la vie est inscrit.
Tu pourras y dormir des milliards d’années.
Comme la nébuleuse attend ses destinées.
Gomme le roi des monts, avant que de surgir,
A vu des océans sur sa tête mugir.
Y fusses-tu sans même en avoir connaissance.
Tu seras là pourtant, cachée en ton essence.
Comme au sein maternel l’enfant que rien n’instruit Vit, ignorant sa vie et celle qui la suit.
Tu fus toi, tu dois donc avoir quelque parcelle Qui ne saurait en tous être même étincelle :
Autrement, si chacun n’avait son germe à soi, ,
Eux rie seraient pas eux, tu ne serais pas. toi.
Purs éléments, subtils atomes.
Vous qui peuplez les noirs royaumes ' Du noir chaos.
Toujours sans place et sans repos; Unissez-vous contre ce germej Frappez, foulez, frappez sans terme 1 Indestructible, il reste ferme ; Méconnaissable et sans a{)pui.
Mais lui !
Quel.est ce gQrme! fen quoi Tun u’est^il pas le-nôtfe.?
Gomment sont-ils pareils et chacun d’eux tout àutre?
Tu n’en sais rien, mon.ânoe, et n’en. peux rien savoir,.
Car jusque dans ce fond tu ne peux pas te voir.' . •
Mais tu te sens tof-même, et, si ton corps succojmbe,
Tii sais bien que c’est toi. qui: marches vers la tombe.
Ce germe, tqn bien propre’, y desc'end-ü aussi?
Est-il esprit, matièrô,’ ou ce qu’on nomme aihsi ? Aiimettons qu’il retourne à l^océan dès cboses :!
Eh bien ! que voyons-nous eh leurs mélapiorphoses ? ,
Que la Nature, exacte et Soigneuse en $es lois,
Des mêmes éléments faisant divers emplois.
En retrouve toujours, sans gain et sans usure, ^
Toujours le niême nombre et la mêmè mesure ...
Ainsi dit la’ Science: elle pose ce fait.
Que tdut, dans ses êaJculs, vérifie en effet. ..
Et la Natufe ainsi, la divine ouvrière,
Du Temps et de l’Espace ayant pleine carrière^.-.
Ramène et reprend tout à sori creuset bépnt.
Si donc rien ne s’y perd et ne rentre au néant ; *
• . * • * Si sa main', 'combinant les matières premières,
Dans l’animal, la plante, ét les sels et les, pierres.
Dans lès eaux, dans la nue et’ l’air inhabité,
■ En a’, ni plus ni moins, la. mèmè quantité ; •
Si, quand, elle à besoin d’azote .ou de carbone.
Ce qu’elle en ôte à l’uh, à l’autre elle le. donné,
Comment, gernoè cent fois , plus, simple. et.précieux ,
P’ourrait-ellé te perdre et te quitter des yeiix?
Ne rieri sentir j "ne rien connaître.
Ce li^est pas ne rien être ; ,
La ïnort ‘n’est qu’un plus grand repos , ‘ -
Pour de plus grandsr travaux.
•Du voyageur'lassé qui sur le pont sommeille, : Nulle vague; nul vent n’attire plus 'l’oreille.
Il dort.
Tout à coup il s’éveille, . : ' . .
Aupprt.' • • • ■ ‘
— iU —
Ainsi, mon âme, ô toi, voyageuse invisible, Impalpable, et peut-être à toi-même insensible. Papillon que l’hiver de la vie a transi.
Un temps plus ou moins long tu dormiras ainsi ;
Puis, d’un nouveau printemps da saison revenue,
Tu sentiras encor sur toi passer la nue.
Et le nouveau soleil perçant à l’horizon Percer aussi les murs de ta noire prison.
Fondre cette enveloppe où tu te tiens blottie.
Ranimer Tétincelle en ta cendre amortie, '
Et, comme à ce qui dort dans la roche ou le fer Le feu rouvre en vapeur un passage dans l’air.
Te rappeler au jour, dégager cette essence Qui n’est qu’à toi, sur qui nul agent n'a puissance Au point de la détruire ou d’en faire un emploi Où tu serais un autre et ne serais plus toi.
Mais tes soeurs ont aussi mêmes droits, mêmes forces : Toutes vous vous tendez mutuelles amorces ;
On s’attire, on se veut, pour ravir, pour donner. Prends donc garde, mon âme, à te bien combiner.
Des éléments impurs fuis l’impur mariage,
Qui renverrait pour toi le moment du triage.
Incorporée en eux, et l’ayant bien voulu.
Tu serais l’oiseau d’or enfermé dans la glu ;
Tu serais le cristal dans la profondeur sombre Du rocher qui le tient pour des siècles sans nombre. Mais, fusses-tu noyée aux plus noirs océans.
Ou prise sous le pied des rocs les plus géants.
Tu n’échapperas point : tu reçus ta semence ;
Elle reparaîtra dans le creuset immense Où la Vie en son souffle, en son penser divin.
Saura te retrouver et te reprendre enfin,
Comme elle fait jaillir, sans effort, à toute heure. Le feu du fer qui crie ou du tison qui pleure.
O vous qui nous rendez l’art du magicien.
Savants, qui ne croyez qu’à vos laboratoires. Quand la Nature est là, pourquoi douter du sien.
Sans lequel cependant les vôtres ne sont rien ?
Vous pout qui tout le reste est de vieilles hiatoires, Croyants de la Nature, au moins croyez-y bien ! Jamais oisive ni stérile, , '
Laborieuse et non fébrile.
Elle ne pçrd pas un instant.
•Tout vit pour elle et fait sa joie.
Aux temps Voulus elle l’emploie, ' bu le laisse à l’état latent ; . '
Mais, toujours syre de sa proie.
Elle l’attend.
Ne crois donc pas qu’elle t^oublie, • > .
O mon âme ! dans ton sommeil.
■ Il est son oeuvre, et le réveil Sera la fin, l'œuvre accomplie.
Oui te délie. •
Peut-être biën changée, alors tu renaîtras ;
Mais, troublée ou sans peur, tu le reconnaîtras,
Comme, lorsque d’un rè've en sursaut on s’éveille> On se dit C’est bien moi qui m’endorraiis la.veille. Cependant*, plus encor qu’en ton prbinier séjour '
• Où, tout en restant soi', l’on change chaque j(mr.
Tu sentiras tomber, pareils à des .scories,
A des fruits avortés, à des feuilles flétries,
Tes songes, d’ici -^bas, dont tu faisais ta foi,
Dont tu faisais ta vie, et qui n’étaient paa:toi. * •
De même tu verras passer de ta mémoire •
Tout ce qui ne fait pas ligne dans ton histoire.
Comme, ea tes souvenirs par le Temps confondus,
Plusieurs te reviendront que tu croyais perdus.
En tressailliras-tu d’espérance ou de crainte ?
D’une nouvelle mort subiras- tu l’étreinte?
En toi sentir4s-tu, plus aveugle et plus vain.
Le térrestre élément résister au divin, .
Ou celui-ci vainqueur, ton salut et ta joie.
Réagir contre l’autre ef lui ravir sa proie?
L’Etre d’où vient ton être, il n’est que' ce recours ! Ne le fuis pas, mon âme, en tes sombres détours, Et songe, quand la vie, en toi baisse ou remonte, Qu’à celui qui la donne il en faut rendre compte
Il suffît d’un soupir Qui pour toi le réclame. • Courage donc, mon âme !
Ne laisse pas languir.
Ne laisse pas noircir Ta flamme.
La vie est pour les forts.
La 'mort est pour les morts.