‹ Les chansons du soirChapitre 27 sur 36 · LA CHANSON DE’ L’ALOUETTE · texte numérisé non relu

LA CHANSON DE’ L’ALOUETTE

( Sur un distigue vill^eois.)

« Alouette^ vole en haut '

• Prier Dieu qu’il fasse chaud. ».

De sôn .nid caché soiis l’herbe, Où ses œufs gardent encor Leur secretj leur doux trésor, L’oiseau voit Te ciel superbe.

Il ferme en vain sa prunelle, Elle s’ouvre malgré lui ; Sous l’azur elle a relui ;

Il lève un œil, lève une aile.

Ses deux ailes étendues Sur le nid sont toujours là.

Mais le dépassent déjà.

Déjà dans l’air suspendues.

C’en en fait, l’oiseau s’enlève.

Battant les airs à la fois Et de l’aile et de là voix,

Montant comme on monte en rêve.

A ses pieds, dans les prairies.

Hautes meules, longs andains Aplanissent les gradins De leurs collines fleuries.

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Et déjà les plus grands chênes Ne sont plus que des halliers ; Et des joncs, les peupliers Bordant les rives prochaines.

Gomme- le poisson qui monte Le fond noir du gouffre amer, Elle, de cette autre mer Gravit les flots et les dompte :

Océan plus vaste encore,

Plus bleu, plus illimité,

Qui s’enfuit de tout côté.

Au couchant comme à l’aurore.

. Toujours droit au-dessus d’elle Elle suit, sans craindre rien,

Son sentier aérien.

Qu’elle taUle à grands coups d’aile.

Elle monte, elle s’enivre De son vol audacieux,

.Qui la pousse vers les cieux Et que l’œil a peine à suivre.

Dans l’azur elle est perdue, ' Mais sans la voir on l’entend.

Toujours montant et chantant, Libré voix de l’étendue. •

Puisque tu n’es pas muette

Devant le oiel, comme noùs,

. Devant l’abime au-dessous, .

Chante donc, vive alouette,’

Alouette, vole en haut

Prier Dieu qu’il fasse chaud .

Dis-lui tout, sans lui rien taire :

. Comme au loin le jour décroît,

• Et déjà comme il fait froid :

Dans les cœurs et sur la terre !

Dis, pour un dont la charrue ■ Tire. l’or de ses sillons, Combien d’autres en haillons Qui grejottent dans la rue.

Dis-lui que si la matière A. nos pieds vient se coucher.

Nous aplanit tout rocher.

Notre cœur reste de pierre.

•Loin de la céleste route,

Dis-lùi comment des humains S’enfoncent tous les chemins ; Dans la froide huit du doute.

De tout temps, de rive en rive, Dis-lui'les peuples errants, Dis-luî les cœurs soupirants,

Sans qu’hélas ! son rè^ne arrive.

Dis surtout, dans ta prière,

Dis comment nous nous payons Du faux jour, des faux rayons De notre obscure lumière.

Dis-lui tous ces vents funèbres Qui tombent en glace^sur nousj Kt comment nous marchons tous A tâtons dans nos ténèbres.

A h ! du moins si la souffrance Reste notre dure loi.

Qu’il rallume en nous la foi.

Qu’il réchauffe l’espérance !

Prie ainsi, prie, invisible,

Un plus invisible encor.

Mais qui soutient ton essor Et rend ton^ aile invincible.

Ainsi le cœur qu’il anime D’un même élan monte, à lui,

Et sent' un secret appui Sur les terreurs de l’abîme.

Mais l’azur qui te recèle De nouveau te laisse voir,

Là, comme un petit point noir, Ici, comme. une étincelle.

Et, ta requête achevée,

Tu te balances dans l’air.

Puis, comme un trait, un éclair, Tu t’abats sur ta couvée.

Mais revoie, vole en haut Prier Dieu qu’il fasse chaud ;

Le prier qu’il nous envoie De quoi mûrir nos moissons,

De quoi fleurir nos buissons, Dans les cœurs soleil et joie.

Alouette, vole en haut Prier Dieu qu’il fasse chaud.

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