MUSETTE
Celle qui s’appelle ainsi'
Darne ni grisette,
N’est pus, meme en raccourci, Une autre Lisette ;
Ni la Fée au bord du Rhin,
Ni la Muse au front serein.
Ce n’est que Musette,
Oh gai !
Ce n’est que Musette.
vit pourtant, elFe est :
Ou bien je délire.
Son nom rtriême qui me plaît N’est un nom pour rire.
Quoiqu’il n’en dise pas long, ■Je ne veux autre Apollon, J’aime mieqx Musette, • Oh gai !
J’aime mieux Miisette.
Je l’aimai du premier jour,
A première vue. '
N’étant pas homme de cour, ‘ Elle est mal pourvue. '
Mais une autre en bel arroi Serait moins belle pour moi.
J’aime mieux Musette, •
Oh gai !
J’aimé mieux Musette. .
Au bois elle ne va pas En grand équipage ; '
Elle marche à petits pas,
Sans laquais ni page ;
Mais les fleurs, sur le chemin.
Sont là toutes sous sa main.
J’aime mieux Musette,
Oh gai !
J’aime mieux Musette.
Elle a les cheveux bouclés Tombant sur l’épaule.
Mais non point échevelés.
Ni d’un air de saule :
Rien qu’un peu sè soulevant Sur la nuque au moindre vent.
J’aime mieux Musette,
Oh gai !
J’aime mieux Musette.
Ses yeux, J’en suis incertain.
Ils sont gris, peut-être;
Mais de ce gris du matin.
Quand le jour va naître.
Ils n’ont, d’ailleurs, grand savoir :
Le cœur seul fait leur pouvoir.
J’aime mieux Musette,
Oh gai !
J’aime mieux Musette.
Elle n’a pour ornement,
Sur son sein pudique, Qu’une rose seulement.
Gomme au temps antique ; Mais son corsage est le sien, La faiseuse n’y fgit rien.
J’aime mieux Musette,
Oh gai !
J’aime mieux Musette.
Ellfe, n’a, pour déjeuner,.
Qu’un pain dans sa poché, Et moi, pour notre dîner.
Que, maigre sacoche ; •
Mais aussi nous remplaçons .Le dessert pàr des chansons, .l’aime mieux Musètte,
Oh gai !
•Fai me mieux Musette.
Peu de mpnde en son-sentier,
Peu de concurrence ;
On n’y fait qu’à l’églantier . Belle révérence ;
Très belle encore aux oiseaux. .
Que de gens la font aux sots f
J’àime mieux Musetlè,
Oh gai ! ■
• J’aime mieux Musette.
Nous nouîi amusons d’un rien, D’ùn flocon qui vole.
Nous nmis entemdons très l)ien, Sans voix ni parole. •
Ah ! que de muets discours !...
Ceux-là du moins semblent courts.
. J’aime mieux Muselte,
Oh gai!
J’aime mieux Musette.
Elle me dictç des vers,
Me souffle une rime ; .
Pour qu’ils n’aillent de travers, Avec moi 's’escrime.
Au lieu de prendre mon bien, ■ Elle me donné du sien.
J’aîmê mieux Musette,
Oh gai !
J’aime mieux Musette. : •
Nous tentons même parfois Quelque cime fière ;
Nous nous perdons en des bois Où meurt la lumière;
Mais au lieu de m’égarer.
Elle m’aide à rn’en tirer.
J’aime mieux Musette,
Oh gai !
J’aime mieux Mufîet.te.
« C’est prendre un bien grand souci Pour petit prodige :
Laisse- moi, va-t’en d’ici ! »
Quelquefois lui dis-je.
Elle fuit, je ne sais où,
Et j’enrage dans mon trou.
J’aime mieux Musette,
Oh gai !
J’aime mieux Mirsette.
C’est en vain que je vieillis Et me fais morose ;
Elle vient par le treillis,
Si ma porte est close ;
Et lorsque ainsi je l’entenrls M’appeler comme au printemps, J’aime mieux Musette,
Oh gai !
J’aime mieux Musette.
Alors, nous noua racontons Nos déconvenues,
Et de nouveau nous montons Au pays des nues.
Leurs châteaux coûtent moins cher Que d’autres bien plus en l’air.
J’aime mieux Musette,
Oh gai !
J’aime mieux Musette.
Non, s’il fallait, pour avoir^
. Place en la gazette, • ' ‘
Te quitter, ne plus te voir.
Ma pauvre Musette,
Non ! dirâis-je, cent. fois non !
.l'aime mieux vivre $ans nom, ..Taime mieux Musefte,
Oh gai !
J’aime mieux Musette:
PKTITE FLEUR.
Petite fleur, que je. t’en vie,
Oh t de pouvoir l’épanouir ! '
Et, dans ton innocente vie, Innocemment te réjôuir !
De rien' jamais tu ne t’alarmes.
Tu laisses faire le de.stin.
Et tu connais pour seules larmes Les fraîches larmes du matin.
D’aucun problème embarrassée,
Sur l’avenir, le sort commun.
Il ne te vient à la pensée Que ton sourire et ton parfum.
De proche en proche quand tu montes Au fin sommet du fin gazon,
A vingt pas même tu ne comptes Aucun nuage à l’horizon.
Qui sait pourtant, lorsque tu gagnes Ainsi le haut, prenant ton vol.
Si tu n’as pas de tes compagnes Tué plus d’une sous le sol ?
A leurs dépens tu fais ta gerbe,
Kt tu triomphes sans souci,
Rt l’on ejitend siffler dans l’herbe,
F]t te voilà fauchée aussi.