‹ Les chansons du villageChapitre 14 sur 27 · BERCEUSE · texte numérisé non relu

BERCEUSE

ORS, mon petiot, dors sur tes deux oreilles, Dans le berceau qui fut jadis le mien ;

Et cependant, au dire de nos vieilles,

Tu n’auras pas d’ange gardien !

Il est parti, celui qui m’a trompée;

Plus d’un se moque et nul ne me défend ;

Pour en gémir je suis trop occupée De mon petiot, de mon enfant !

Il est parti, c’était un beau jeune homme ;

Il m’a trahie et je l’aime encor bien,

Et cependant le nom dont il se nomme,

Ce nom ne sera pas le mien !

Si j’ai fauté, je n’ai pas su mal faire,

Je l’écoutais ! las moi ! que voulez-vous ?

C’était là-bas, au bord de la clairière ;

Le vent d’avril était si doux !...

J’oubliai tout, près de son clair visage, Quand je sentis sa bouche sur mon cou ;

Il est des jours où le cœur le plus sage Se met à battre comme un fou !

Il me disait, tout plein de prévenance.

Que je serais sa femme à la moisson;

Pour moi le reste est vague souvenance :

Son baiser me prit ma raison !

Dors, mon petiot, tu m’auras pour amie,

Et je suis là pour câliner ton front,

Je chasserai de ta tête endormie Les mouches qui s’y poseront.

Plus d’un méchant qui me tient dur langage M’épouserait devant maire et curé Si j’avais eu quelque bon héritage Comme l’enclos du prieuré;

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