‹ Les chansons joyeusesChapitre 10 sur 64 · LES CHANSONS .10 Y F. TSF. S · texte numérisé non relu

LES CHANSONS .10 Y F. TSF. S

Je no livrerai pas mon cœur connue jadis ; Deboul dans la lumière, et rempli de mon être, Sans plus me soucier dû divin Paradis, Je ne veux pas m agenouiller devant un maître.

Notre devoir, à nous, c'est d'être audacieux. Nos générations ont assez de superbe Pour aller, sans pâlir, jusqu'au fond noir des cieux, En arracher les dieux comme nue touffe d'herbe.

Aimant la liberté, la joie et la beauté

Du monde, maudissant les douleurs inutiles.

Et saluant la grande, et forte Humanité,

Sur les autels brisés nous siégerons tranquilles.

Arrière le passé qui m'enlace le cou,

Et qui m'attache au pied le boulet et la chaîne !

Libre de sa tutelle, en plein ouragan fou,

Je veux ouvrir mes bras et grandir comme un chêne.

Est-ce ma faute, à moi, si l'Idée au vol prompt Et terrible, en poussant une clameur de joie, Est venue an beau jour s'abattre sur mon front Comme un aigle éperdu qui tombe sur sa proie?

Sa serre vigoureuse étreignait mes cheveux, Et je me débattais sous ses larges coups d'ailes ; Mais l'oiseau se roidit, furibond et nerveux, Et me ravit au ciel inondé d'étincelles.

Il t'a fallu, grand aigle, un peu plus^de vigueur Que pour voler l'enfant Ganymède, sans doute? Mais je t'ai pardonné d'avoir été vainqueur, Et je t'ai dirigé par la sublime route.

Là, Phébus n'était plus qu'une boule de feu ; Comme le Golgotha, tout l'Olympe était vide, Et le septième ciel pleurait encor son dieu. Il les a tous mangés, le Temps, ce père avide !

Ayant vu tout cela, je suis redescendu, Et j'ai crié néant à qui disait mystère. Jéhovah dans le ciel immense s'est perdu, Et la Terre a pour reine éternelle la Terre.

LES Cil LNSONS JOYEUSES. 141

Ain^i. devant mes yeux que remplit le soleil, Je vois se déchirer le voile des ténèbres. Il me semble sortir d'un douloureux sommeil ; Évanouissez-vous, ù visions funèbres!

Et je marche gaîment en sifflant mes chansons Où rit la joie, où danse éperdument l'ivresse ; Pour égayer un peu la route où nous passons, J'ai chanté la beauté qu'embellit la jeunesse.

Aussi, frère, je t'ai dédié ces gaîtés

Qui te feront sourire au milieu de tes luttes ;

A ton câpre fanfare aux éclats redoutés

Se mêlera le son réjouissant des flûtes.

Et tu tendras la main au chanteur presque enfant, Dont le cœur a laissé s'envoler ce poème Comme un oiseau qu'on lâche au matin triomphant. Tout mouillé de rosée et gai comme un bohème.

L'on sait que ta massue est rude aux immortels, Et qu'apôtre amoureux de notre vie humaine, D'un coup tu fais rouler à terre leurs autels, Cependant qu'un tas noir de prêtres se démène.

Même, tu défonças la clôture des cieux ; Les clous de tes souliers s'y peuvent voir encore ; Et tu précipitas tout le troupeau des dieux Dans l'abîme éternel qui crée et qui dévore.

Moi, je n'élève pas jusque-là mon essor. Je ne voyage pas dans le paysjles causes ; Car je me sens trop jeune, et je ne veux encor Que soulever mon verre en y jetant des roses.

Et, courant par la rue en vrai bohémien,

Ou battant la campagne au soleil qui m'entête,

Je regarde monter ton vol aérien

Et libre, qui remplit tout le ciel, ta conquête.

J'irai peut-être un jour te retrouver là-bas, Quand je me sentirai pousser les grandes ailes. Nous goûterons tous deux l'ivresse des combats, En mêlant à l'azur nos âmes fraternelles.

Tu seras couronné de rayons de soleil,

On entendra ta voix dans le veut et la tondre. Et, pour suivie de loin ton essor sans pareil, Je partirai, lançant des tourbillons de poudre.

Un attendant, perché sur un arbre, narquois Et fantasque, sifflant tous les buveurs d'eau claire, Et du matin au soir humant l'air dn< grands bois. Je fais damnablemenl l'amour. Bonne nuit, frère !

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