LA MORT DES DIELX
A JEAN Rir.HEPÏN
Timefacte rellipionr».
i Lucrèce )
La douleur m'a fait homme, et me voici marchant. Ainsi qu'un voyageur las mais robuste encore, Et le cœur tout gonfle d'espoir, dans le couchant De notre vieille époque, en attendant l'aurore ;
La radieuse aurore illuminant les monts. Couronnant de rayons tous les jeunes poètes. Et nous laissant hunier l'air libre à pleins poumons. Et raffermir nos pieds, et relever nos tètes.
Lorsque ce grand sourire éclairera nos fronts, On verra s'envoler notre chanson ravie ; Pleins de sève, de force et d'orgueil, nous aurons Devant nous l'avenir, la liberté, la vie.
Les terreurs qui pour nous naissaient au moindre bruit
Fuiront en tournoyant dans les clartés nouvelles,
Et la religion, sinistre oiseau de nuit,
Ne viendra plus poser sur nous ses froides ailes.
Et la Foi, pâle étoile errante au fond des cieux. Ne nous décevra plus par sa lueur tremblante : Mais, divine Jeunesse, ô bon soleil joveux, Tu verseras en nous ta pourpre étincelante !
Mais le moment n'est pas encor venu pour moi ; Et, dans le clair-obscur du crépuscule blême, Voici que le Passé, plein d'amour et d'effroi, Se dresse pour me tendre une embûche suprême.
Et je vois la maison petite où je suis oé,
Et les arbres qui m'ont prêté leur ombre verte, Quand, des premières Heurs de l'avril couronné, Je suivais au hasard la route à peine ouverte.
Mon enfance bénie est là qui dort sans bruit. Ah ! je crois qu'à mon cœur aboutit chaque rue ! Tout cela fait un rêve étrange dans la nuit, Et vaguement revit l'époque disparue.
Je frappe à cette porte : on n'a pas répondu.
Tout le monde est donc mort, que je n'entends personne ?
Autrefois, mon appel n'était jamais perdu !
Le vent furieux souffle, et, tout seul, je frissonne.
Ville des souvenirs, est-ce que j'ai rêvé?
Comme un éclair des cieux, tout a fui par l'espace;
Je marche, et sous mon pied résonne le pavé.
Mais pâle, et tout en noir, voici qu'une ombre passe.
Elle me prend la main sans rien dire, et je vais Je ne sais où. Voici que se dresse l'église ; Le livre de prière oïi jadis je lisais S'entr'ouvre de lui-même afin que j'y relise.
Vn lambeau de nos cœurs est resté sur l'autel Où nos mères portaient des bouquets de fleurs tendres , Alors qu'on nous disait : Pas d'orgueil, ô mortel, Tu ne seras un jour qu'un tas de froides cendres.
Le Crucifié pâle est là qui tend les bras, Se tordant sur la croix, et montrant ses blessures. Le dieu des anciens jours dit : « Tu te souviendras, C'est moi qui souriais à vos enfances pures. »
in
Mais je reste immobile, et les deux bras croisés.
Je ne veux pas, mon cœur, qu'encor tu te souviennes !
Le vent de la jeunesse a sécbé les baisers
Que posaient sur mon front les amours anciennes.
Je ne relirai pas les livres que j'ai lus, Car je n'en comprends plus le langage mystique. Qu'importe que je sois mortel? Je ne veux plus Dire mea rulpa sous le fouet ascétique.