‹ Les chansons joyeusesChapitre 2 sur 64 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

To " tlic fair, chaste, and unexprcssivc shc. (As you lihe il )

Voici le mois de Mai rayonnant et joyeux ; Le mort se sent béai dans son étroite bière ; En larmes de cristal glisse à travers la pierre La rosée éclatante et fraîche des grands cieux.

Les rêves que mon cœur enterra soucieux, En ce beau mois, auront enfin de la lumière ; Et, d'une aile puissante, en leur fraîcheur première, Ils vont redéployer leur essor glorieux.

Et voici la chanson d'éveil, gaîment rimée : Salut, mon cœur, — salut, ma blanche bien-aimée, Et salut, ô printemps ! c'est la chanson d'éveil.

Les portes de l'exil enfin se sont ouvertes, Et j'ai tout laissé là, moi, l'ami du soleil, Pour me sauver marron, loin, dans les forêts vertes.

Librement mon cœur se dilate Et s'épanouit an soleil :

La douceur du matin vermeil, La splendeur du soir écarlate,

La tranquillité des midis, Là-bas, dans les forêts prochaines, Et le sommeil au pied des chênes, Sur des lits de mousse attiédis ;

Enfin, la vie heureuse et douce Va me bercer entre ses bras.

Tandis que moi, franc d'embarras, J'écouterai l'herbe qui pousse.

.le pourrai donc, libre et rêvant, Être joyeusement poète !

Avi'c le cri de L'alouette

Tous mes vers s'en iront au vent,

Au vent frais qui, sous les ramures, S'en va mêlant, parmi les fleurs, La chanson des oiseaux siffleurs Et le parfum des fraises mûres.

Un coin de paysage exquis : d'étroits sentiers Serpentant par les blés tout verts que le vent ploie, Puis se perdant parmi les buissons d'églantiers, Jusqu'au bois chevelu qui lentement ondoie.

Après avoir marché sous le grand soleil d'or,

Laos la plaine sans ombre où l'on baisse la tête, On arrive aux. forêts dont le murmure endort, Et, le Iront en sueur, quelque temps l'on s'arrête.

La tête renversée, et les bras sous le cou, Couché dans le gazon, si quelquefois on lève Les yeux pour regarder au loin, je ne sais où, A l'horizon qui prend l'aspect vague d'un rêve,

Lentement, lentement, jusqu'aux Lords du ciel bleu, Le champ de Lié comme un oeéau se déroule, Et les coquelicots ardents, couleur de l'eu, Font une rouge écume à cette verte houle.

D'autres t'ois, le regard entrevoit le soleil A travers un tissu de lumineux feuillages, Et, vacillant dans les ivresses du sommeil,

-Notre àme par l'azur t'ait d'étranges voyages.

Mais ma bien-aimée est la fleur des fleurs, L'oiseau des oiseaux, le rêve des rêves, Qui fait, dans le bois, palpiter les sèves, Et foudre d'amour la rosée en pleurs.

Et ma bien-aimée embellit les choses ; Sa voix fait plus doux les rossignolets. Et ses grands cheveux, légers et follets, Ravivent eneor le parfum des roses,

Et quand, à travers les feuilles, je vois La blonde aux yeux bleus, eu claire toilette, Simple et douce, ainsi qu'une violette, Je crois voir passer l'âme des grands bois.

Au petil sentier passa ma mignonne,

Et le doux sentier se mit à fleurir.

Le soleil de mai sur les prés rayonne, Et mon cœur ému tremble, et va s'ouvrir.

J'ai versé mon saiiii, tout mon sang pour Elle, l'ai jeté mon cœur de par les chemins, Pour faire un marcher plus doux à ma belle, Pour ne point heurter ses beaux pieds divins.

Je n'ai jamais su donner une fête, Je ne puis aimer comme un damoiseau ; Mais je me suis fait chanteur et poète Pour avoir une aile, et pour être oiseau.

Et, sous les grands bois, rossignol mystique.

Afin de la voir je me tapirai,

Et je chanterai, pour seule musique,

Sou tout petit nom, trois t'ois adoré.

DAHS LA FORÊT.

Mes sérénades, dans la nuit, Montent vers toi, ma bien-aimée ; Cependant la jeunesse fuit, Et ton Ame reste fermée.

Il faut avoir au moins Henri

Un printemps, dans ce pauvre monde

A peine si tu m'as souri

A travers ta lumière blonde.

Oh ! viens, mets ta main dans ma main, L'amour, c'est la Vie et la Voie ; Nous suivrons un même chemin Vers le paradis de la joie.

L'amour, lointain et tout proche a la fois, Va nous mener à lui parmi les roses, Dans un charmant et mystérieux hois Où les chansons vont se mêlant aux proses.

Le rossignol nocturne et langoureux Y chante bien des roulades qu'il perle ; Mais pour narguer les pauvres amoureux, Au lendemain siffle le joyeux merle.

Vous pourrez voir, chère, mes billets doux Aux verts buissons se suspendre sans cesse, Avec du sang de mon cœur, qui pour vous Laisse couler à grands flots sa jeunesse.

Et quand la brise, un beau jour, dans mes bras Vous poussera, rougissante et, charmée, Des vieux serments laissant là le fatras, Je vous dirai, tout pâle : « 0 bieu-aimée ! »

Le ciel avait perdu sa gloire, Mais mon cœur était plein de jour, Et pouvait, de rayons d'amour, Éclairer l'immensité noire.

Elle allait devant moi. rêvant; Quand la nuit se faisait moins somlir Je mêlais mon ombre à sou ombre, Et sis cheveux flottaient au vent.

Elle marchait, la bien-aimée ; J'aurais voulu que le sentier Traversât tout le monde entier Sans trouver de grille fermée ;

Et tous deux, ne nous parlant pas, Pour une éternité de joie, Nous aurions fait sur cette voie Sonner joyeusement nos pas.

Je chancelais, comme ivre d'elle, Et je n'osais pas lui parler ; Mon rêve prêt à s'envoler Éperdument battait de l'aile.

Nous étions deux beaux amoureux Marchant par une nuit exquise, Sans souci de la folle brise Qui chantait sur nos fronts heureux.

Or je contemplais sa fenêtre.

Pourquoi? je ne le sais pas bien.

Peut-être

Me direz-vous que c'est pour rien.

Quoi qu'il en soit, je vis ses ailes.

Si vous n'en croyez pas un mot,

Les belles Vous le feront croire bientôt.

Cette fenêtre était très-haute.

Ce n'est pas, bien que je sois fou,

Ma faute, Si je m'y suis rompu le cou.

Mais tout est possible en ce monde.

Depuis que j'ai vu de mes yeux

La blonde Se pencher pour m'écouter mieux.

Pourquoi donc alors lui parlaî-je

De fleurs qui poussent n'importe où ?

La neige Des beaux lis fleurit sur son cou.

Pourquoi doue lui conter les eboses D'avril errant par les chemins ?

0 roses De sa jeunesse, œillets, jasmins!

Pourquoi tout penser et tout dire?

Quand j'aurais dû la regarder

Sourire, A quoi bon tant lui demander?

DANS I V l 'M; et. 25

Lorsque j'étais sous la fenêtre, Pourquoi parler, ivre et joyeux ?

Peut-être Lu baiser de loin valait mieux.

Mais la nuit tut belle, et qu'importe, 0 mon cœur, puisque j'ai pousse

La porte Par où l'on sort du noir passé !

Et (pie mou àme va. sans prendre Aucun souci de ses douleurs,

S'épandfe A travers les sentiers en fleurs?

Je l'ai vue, et la belle a souri. Tout est dit.

Et je chante, et je suis heureux comme un bandit !

Je regarde, avec l'air le plus vainqueur du monde.

Un doux chiffon d'azur que m'a donné la blonde,

Ayant épingle, comme un joyeux mémento,

Sa première laveur au col de mon manteau.

C'était un matin de ce mois de mai, Et par les chemins je t'avais suivie.

Le printemps était vert et parfumé, Et je saluais la terre et la vie.

C'était un matin de ce mois de mai, Et dans l'air filait la bleue hirondelle ; Tu m'avais voulu nommer ton aimé, Et je te suivais comme un chien fidèle.

Or ton pied laissait un sillon de feu, Et par les chemins je t'avais suivie.

Le jour clair montait au pâle ciel bleu Qui joyeusement d'aimer nous convie.

Le rose orient s'était enflammé,

La forêt chantait comme une berceuse,

Le printemps était vert et parfumé !

Lente tu marchais, o ma paresseuse...

Aube de bonheur, dans mon jeune cœur Se levait l'amour nouvelle et ravie ; Ton sourire doux n'était point moqueur, Et je saluais la terre et la viei

DANS I. \ I ORÊT. M

Toute la nature en fête pour nous

Nous sourit ainsi qu'une bonne mère, El cette éternelle a i\f> yeux bien doux Pour nos pauvres fleurs d'amour éphémère.

0 verdissement dc< sentiers connus, - diapranl la terre embaumée, Eau tranquille et claire, où la bien-aimée

Ira rafraîchir ses petits pieds nus !

0 virginité, verdeur printanière,

Léger tissu bleu de l'air doux encor,

Réveil, inondant le ciel de lumière,

Tu chantes en nous comme un oiseau d'or !

Sois la bienvenue, aube lumineuse, Signe rayonnant d'éternelle foi, Qui vins éveiller cette matineuse Et lui dis : « Voici l'amour, lève-toi ! »

Par les prés, par les bois, pleins d'odeurs bien douces,

L'herbe fume au soleil de mai ; Le vent frais va rasant le velours des mousses,

Mon cœur dort, se sentant aimé.

Le sommeil lentement vient d'ouvrir son aile

Sur le nid où l'oiseau se tait ; Mais dans l'air une voix; sonne, gaie et frêle,

Comme si tout mon cœur chantait.

Le lirait sourd des mouvants peupliers me berce, Je vais clore, eu rêvant, les yeux,

Calme, et sous le feuillage un rayon qui perce Remplira mon vieux cœur joyeux.

L'essaim fou des muets, des féeriques rêves

Va danser dans l'éther calmé ; Voilez-nous, blondes nuits, nuits d'amour si brèves,

Mon cœur dort, se sentant aimé.

DAMS LA FORÊT. 5i

Je me parfumerai d'aloès et de myrrhe,

El dés senteurs les plus fraîches de l'Orient,

Où 1rs encens iront aux fleurs se mariant

Pour que mon front soit doux e1 pur sous ton sourire.

En mon cœur chantera l'inexprimable lyre De l'amour vierge encore, et vers le ciel riant. Des \uu- regards d'extase aux baisers variant Le thème de musique impossible à redire.

Que tu me seras bonne en ces profondes nuits Où, laissant sommeiller les êtres lourds d'ennuis, L'àme en fleur, nous serons comme deux roses blanches !

Tes cheveux brilleront d'un éclat matinal ;

Et moi, quand dans l'air pur se déploîront tes manches,

Je verrai s'entr'ouvrir un essor virginal.

ASPÉRDLA

Elle cueillit la Deur qu'on nomme aspérula : Cette petite fleur, cette fleur étoiléc, Par je ne sais quels doigts divins fut ciselée. Elle dit : n Oh! la fleur charmante que voilà! >>

Elle cueillit la fleur aux teintes purpurines, La regardant avec des yeux de grande sœur; Et c'étaient deux parfums d'une égale douceur, Deux souffles, deux rayons, deux aubes enfantines!

Elle cueillit la fleur. Le soir silencieux Tombait, et c'était l'heure où Vénus étincelle; Et je lui disais : « Dis, laquelle est la plus belle, « L'étoile de la terre, ou l'étoile des cieux? »

Elle cueillit la Heur et sourit sans rien dire,

Et je compris le nom de la petite fleur.

Si bien que je crus voir, — tu le snis, ô" mon cœur!

Briller un peu d'espoir à travers son sourire

DANS LA roi; ET.

Un peu d'espoir! et l'on sait bien Les sous-entendus d'un sourire; Il en dit plus qu'il n'en veut dire, Et tout naîtra de presque rien.

lies baisers sont, ainsi qu'en rêve.

Après d'autres baisers posés; Et des baisers et des baisers Fout des baisers sans fin ni trêve.

Mon amour s'est enfin rendu ; Il a, sans plus faire de moue, Tendu sa délicate joue À tout mon désir éperdu.

Il m'a donné des baisers même, Sans reprocher et sans compter ; Et m'a laissé tout bas chanter La vieille chanson des : Je t'aime.

Je me suis mis à deux genoux :.

Un ruisseau sanglotait dans l'ombre, Et les étoiles d'or sans nombre Nous regardaient d'un air très-doux.

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