‹ Les chansons joyeusesChapitre 28 sur 64 · SONNETS CATHOLIQUES · texte numérisé non relu

SONNETS CATHOLIQUES

Votre beauté royale, et point du, tout modeste, M'effraye, ô ma très-chère ! Être adoré de vous Me fait un bonheur bien fragile, quoique doux, Et, dans tout mon orgueil, l'humilité me reste.

Quand votre bouche gaie et rose m'admoneste, Je me meurs, — comme un bon catholique à genoux, Le front dans la poussière , au pied d'un Jésus roux, Faible et fort, et coiffé d'une gloire céleste.

Mais, la nuit, pour passer sous votre balcon, l'œil Levé, sans chantonner, drapé dans un long deuil Argenté de mes pleurs, mal enterré, je triche ;

Et, comme un rire aigu perce les amoureux,

J'exhale une prière, et je me sens peureux

Gomme un poète pauvre, ou comme un voleur riche.

Vous vous êtes penchée, un beau jour, sur mes yeux ; Vous vous êtes penchée, une nuit, sur mon âme ; Et vous m'avez aimé, bien que je fusse infâme, Et vous m'avez souri, bien que je fusse vieux.

J'ai recueilli, comme un adorateur pieux, L'éternel souvenir de ces baisers de femme ; Et, parmi mes pensers tristes et noirs, madame, Resplendissent encor vos regards glorieux.

Je n'ai que ce reflet de votre amour pour vivre, Puisque au ciel vous trônez, quand je suis encore ivre. Vers votre beauté blanche exhalant mon credo.

Car vous êtes rentrée en l'immobile extase, Sans rien voir, à travers votre voile de gaze ; Car vous êtes la lune, et je suis un seau d'eau.

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