‹ Les chansons joyeusesChapitre 29 sur 64 · RÉVOLTE · texte numérisé non relu

RÉVOLTE

Un jour, nous jetterons au vent ce ramassis

De hideux habits noirs, et de tuyaux de poêles,

Et le monde étonné pourra nous voir assis

Dans la pourpre des dieux, le front cerclé d'étoiles.

Ou bien, nous vêtirons le grand manteau des rois, Et dans le velours bleu nous draperons nos poses ; Et l'on verra briller l'or chatoyant des croix Sur nos bustes cambrés pour les apothéoses.

Quelques-uns coifferont galamment le chapeau Espagnol à pompons, ou bien le béret basque, Et sous le grand soleil qui leur cuivre la peau, Fébriles, danseront un boléro fantasque.

D'autres se planteront au chef, sur le coté, La toque florentine avec la plume rouge, Fêtant de leur guitare, aux douces nuits d'été, Quelque belle duchesse, ou quelque simple gouge.

Les autres, attablés devant d'immenses brocs, Pour dérober leurs yeux luisants et leurs figures Et ne laisser percer que la moustache en crocs, Choisiront les Rubens à superbe envergure.

Ainsi faits, et parés de nos hardes, à nous, Mais non pas déguisés, tous, peintres et poètes, Nous prendrons quelque jour solennel rendez-vous Pour entendre hurler Paris plein de tempêtes.

Aux plus claires chansons de uos musiciens, Nous nous en irons tous par tières cavalcades, Ou montés noblement sur des chars anciens, Sans souci des agents qui nous servent d'alcades.

La cité, jouissant de ce nouveau coup d'oeil, Trouvera, s'il lui plaît, nos mines incongrues ; Et nous, nous saluerons avec tout notre orgueil, Quand on nous jettera des pierres dans les rues.

I ES CHANSONS .in\ l.i SES. 19]

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