L'ÈRE NOUVELLE
J'allais jadis à la messe; Agonise, ô mon passé!
Voici naître ma jeunesse — Heqiiiescas in pace.
Jetons un funèbre voile Sur ce vieux temps triste et cher Et puisse ma bonne étoile Rire en dansant sur la mer !
L'avenir ! j'ai vu sourire L'avenir au fond des cieux, Et je trempe, avant d'écrire, * Ma plume dans du vin vieux.
Puis, ô charme de la femme ! — L'amour, l'amour à pleins bords Il déborde de mon âme Et ruisselle sur mon corps.
Des visions de poëte Prennent en moi leurs ébats ; Mille rêves dans ma tète Dansent d'effrayants sabbats.
Mon âme ardente et ravie S'envole par l'infini :
A la santé de la vie Marchant au soleil béni !
Souris, ô destin sévère, A ceux qui te souriront !
J'ai des rubis dans mon verre Et des roses sur le front.
Ah ! chantons une ballade ; Écoutons les luths glapir, Et que la joyeuse Hellade Revive dans un soupir!
Tout fuit, tout s'en va, mes frères, Pour s'abîmer au tomheau; Buvons donc nos larges verres, Pendant que le ciel est beau!
Puis, n'étant rien que poussière, Quand je m'en irai, pâli Par la blafarde lumière Des limhes du grand oubli,
M'endormir, après l'orgie, Chez mon père et mon aïeul, Que clans la nappe rougie On me coupe mon linceul !