‹ Les chansons joyeusesChapitre 32 sur 64 · SUR LA MORT D'UN AMI · texte numérisé non relu

SUR LA MORT D'UN AMI

J'aurais bu, certes, dans ton crâne, Une bouteille de vin vieux, 0 bon vivant, cœur libre et crâne, Toujours joyeux.

Mais notre siècle pâle et veule, Las ! a plus d'un grain là dedans, Et ne tient plus son brûle-gueule Entre ses dents.

LES CHÀKSONS JOYEUSES. 199

Enfin, tant pis! En terre grasse Ni mis t'avons mis, loin du saint lieu, Sans implorer pour toi la grâce, Sans prier Dieu.

Comme de fidèles Orestes, Le chapeau bas, mais tous debout, Nous avons salué tes restes, Et voilà tout.

Le carnaval chantait encore Avec sa trompe et son crincrin : , Gaîté, pauvre oiseau qui picore Un dernier grain !

Une bien faible résonnance Parvint à peine jusqu'à nous; L'esprit gaulois fait pénitence A deux genoux.

Ta vie, ivre de poésie, Fut un bien autre carnaval Toi qui montais la fantaisie Comme un cheval

Ta gaité, dans quelque affreux bouge, Embouchait des cors forcenés, Et ta belle trogne était rouge Comme un faux nez.

Épris de joie et de bien-être, Tu n'as jamais compté les jours Que tu jetais par la fenêtre Des beaux amours.

Songeant aux temps passés, il semble Que l'on n'ait rien fait que rêver.

Las ! nous ne boirons plus ensemble Jusqu'à crever.

Nous n'aurons plus même maîtresse, Même verre et même soleil ; Ivre mort, cuve ton ivresse, Dors ton sommeil !

Mais au moins que l'ombre ne pèse Sur ton pauvre front endormi ; Que le ver doucement te baise Comme un ami

LES CB INSOHS JOYEUS1 S. 201

Sur ton corps, des fleurs parfumées En mai >;ms doute vont fleurir.

Que les aimés el les aimées

Vaudront cueillir.

Tous les oiseaux du cimetière Mettront pour toi le bec au vent ; Car ta gloire demeure entière, 0 bon vivant !

Puisque, sans testament écrire, Tu trépassas le Lundi gras, En poussant un éclat de rire Entre tes draps.

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