‹ Les chansons joyeusesChapitre 44 sur 64 · QUAND NOUS VIEXDRA-T-IL H BON ROI · texte numérisé non relu

QUAND NOUS VIEXDRA-T-IL H BON ROI

Quand nous viendra-t-il un bon roi

Qui change ou vin l'eau des fontaines, Jaillissantes et toujours pleines, Où le pauvre peuple ait le droit De noyer souvenirs et peines?

A leurs quotidiens labeurs Les pauvres diables faisant trêve Suivraient, une nuit douce et brève, Les boulevards jonchés de fleurs...

Où soufflerait le vent du rêve.

Car Tanière réalité

Noos est versée à larges doses ;

Et, rongé de pensers moroses,

Je crie à la fatalité :

Des roses ! des roses ! des roses !

Ah ! sur les places, en tout lieu, Je vois mille tables dressées ; Les maigres foules, empressées A désapprendre le vin bleu, De volupté sont oppressées.

Dieu du ciel ! comme ce barbon Clignote de l'œil, flaire et hume!

Près du superbe rôt qui fume S'étale un rose et frais jambon, Comme un nez avant qu'il s'allume.

Mainte truffe fait un trou noir.

0 galantine, dans tes tranches!

Ya homard sur la table en planches A jeté sa pourpre, et fait voir Sa chair pareille aux roses blanches.

Avec leurs bouchons de côté, Semblables à des ivrognesses, Les bouteilles sont les maltresses Qui, par ce beau soir enchanté, Emplissent les cœurs de tendresses.

Leur âge mùr ne fait pas peur ; Belles vieillesses couronnées De longues toiles d'araignées, On les entoure, sans pudeur.

De caresses désordonnées.

Les unes ont des corps mignons Et replets, comme des Flamandes; À d'autres, miss maigres et grandes, Les yeux cherchent de blonds chignons Et des veux fendus en amandes.

Toutes sont belles, et chacun En baise plusieurs sur la bouche, Et leur offre son cœur pour couche, Où de maint couplet opportun Cet accouplement fera souche.

Et puis, soûlés de vin, de bruit Et de plaisir, les pauvres hères, Débarrassés de leurs misères, Dans le grand manteau de la nuit S'endormiront comme des frères.

Et toi, bon Soleil ! quand, au jour, Tu sortiras de l'eau profonde, Pour secouer sur notre monde Qui te salue avec amour Ta belle chevelure blonde,

0 Soleil! tu les béniras, Ces buveurs aux mines étranges, Qui se lèveront de leurs fanges Pour tendre vers toi les deux bras, En souriant comme des anges.

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