HYMNE A L'ANGLETERRE
G toi qu'à Paris les concierges Nomment la perfide Albion, Je veux te brûler quelques cierges Et de donner du goupillon.
Pays d'effrayants dramaturges Et de vertigineux bouffons, Où se coudoient les Panurges Et les Don Quichottes profonds!
Quand tu n'aurais eu que Shakspeare, Tu serais le pays sacré, Puisque sous ton ciel on respire L'air que Shakspeare a respiré ;
Puisque l'on écrit aux lanternes Sous lesquelles il écrivait, Et que l'on boit dans les tavernes Où toute la nuit il buvait.
Mais, allant à la découverte, J'ai vu cent poètes germer Dans ton immense forêt verte, Et me suis pris à les aimer.
Ils ont la couleur éclatante, Dans leur grand désir de soleil, Et l'émotion palpitante Quand coule à flots le sang vermeil.
Puis, ils ont la mélancolie Rêveuse des sommets brumeux.
Que parfois chasse la folie Qui sort des verres écumeux.
Pays de la liberté sainte, Où l'art tranquillement fleurit, A ta sauté je bois ma pinte !
Et le rêve de mon esprit
Est, pour passer ma vie en fêtes Et pour goûter toutes saveurs, De boire comme tes poètes, De penser comme tes buveurs !