LA RANCOEUR
Une fille m'a rendu triste; Emplissez mou verre, et chantez !
Le cœur nuageux d'un lakiste, 0 vin, s'égaie à tes clartés!
M'a rendu triste... Une élégie Soupire dans mon cœur charmé ; Mais saurai-jc, après notre orgie, Si mon cœur a jamais aimé ?
Les cardinaux, je les révère, Tout rutilants sous le ciel bleu!...
J'aime mieux la pourpre du verre Qui dans un rêve me fait dieu.
Mais, ô bouteille cbarmeresse !
Peux-tu faire oublier un jour ?
Chasseras-tu, criarde ivresse, L'ivresse douce de l'amour?
Mais, bah! qu'importe? Un rêve étrange,
Rempli de folles voluptés,
Nous fera rouler dans la fange
Ou monter jusqu'au ciel... — Chantez !
Derrière nous, le troupeau blême Des souvenirs si douloureux ; Et, devant nous, l'heure suprême Où l'on n'est plus même amoureux.
Allons, la tristesse persiste ; Mais perdons nos instants comptés !
Vue lille m'a rendu triste, Emplissez mou verre, et chantez.
\ PAUL BOIRGET
La taverne a bien des charmes, Et c'est un plaisir sans prix One de boire ainsi les larmes Des vieux cruchons attendris.
Mais je m'en vais, il me tarde.
0 taciturne songeur !
Tn verras dans ta mansarde Revenir le voyageur.
Aux soirs d'hiver, l'àme triste Et joyeuse eu même temps, Suivant tous deux à la piste Nos souvenirs de printemps,
Songeant aux vieilles années Qui sous le ciel jadis bleu Penchent leurs tètes fanées, Nous tisonnerons le feu.
Nous causerons de cent choses Qui sont mortes aujourd'hui ; Le spectre des vieilles roses Nous apparaîtra, la nuit.
Et nous pencherons nos tètes, Le front de clarté baigné, Sur le livre des poètes Qui d'amour ont tant saigné.
Et nous relirons encore, Le cœur doucement navré, Ce douloureux : Never more!
Que Tennyson a pleuré.
Puis, s'il faut que je me prête A ce jeune inusité, iNous boirons une discrète Et bonne tasse tle thé.