LES SORCIÈRES
In thnndcr, lightning, or in rain.
Sur la bruyère, en sombres groupes Qu*ensanglaiite le grand soleil, Voici Macbeth avec ses troupes Marcher dans le couchant vermeil.
Joyeusement le clairon sonne, La bannière évente le ciel ; Il n*est peut-être là personne Qui ne se sente un immortel .
Et les trois sœurs, aux barbes grises Qu'échevèle un vent furieux, Dans la bruyère sont assises.
Montrant d'un maigre doigt les cieux :
« Chef' vêtu d'or et d'écarlate.
Par la mort et par son efFroi, Par notre redoutable Hécate, Salut, salut, tu seras roi ! »
A la brusque lueur des glaives, J'ai contemplé ce futur roi, Et, comme j'étais plein de rêves, J'ai pu croire que c'était moi.
Leurs langues demeurant muettes, Je me suis vu, blême, anxieux, Me pencher vers les noirs prophètes Pour les regarder dans les yeux.
Je leur ai dit : « Spectres de femmes,
Déroulez-moi mon avenir ;
Qu'il soit fait de cendre ou de flammes,
Je le porterai sans pâlir. »
Et les infernales sorcières,
Riant affreusement de moi,
, Dansaient autour de leurs chaudières
En répétant : « Tu seras roi ! »
ni
Mais je n'ai pas peur : je suis homme.
Spectres de minuit ! Je connais Les noms dont le crapaud vous nomme Dans les ronces et les genêts.
Vous que l'implacable enfer broie, Vos noms charmants, en paradis.
Étaient Jeunesse, Amour et Joie, Car vous fûtes belles jadis.
Mais la fatalité, beaux anges, Vous a précipités du ciel Dans les ornières et les fanges Où vous vomissez votre fiel.
De sombres lois impérieuses Vous enchaînent toutes les trois , Et vous, vous crachez, furieuses.
Sur votre beauté d'autrefois.
Toi qui fus ma douce Jeunesse, Toi que tous tes charmes ont fui.
Sinistre et grave prophétesse, Ton nom est Pensée aujourd'hui.
Toi qui, dans les jours de folie, Fus ma Joie au rire charmant, Tu t'appelles Mélancolie, Et tu songes amèrement.
toi qui fus Amour, souffrance Et volupté, tes yeux hagards Portent le mot : Indifférence Dans leurs prunelles sans regards.
Mais écoutez ! Touragan gronde ; Venez, ô sœurs, et que le bruit De votre épouvantable ronde Se mêle à l'horreur de la nuit.
Pour composer de puissants charmes.
Dans la marmite on jettera Tout le passé, toutes ses larmes,
Puis en chantant l'on tournera.
Toi, faisant ta grimace affreuse, Sorcière Amour, tu jetteras Tout le beau sang de l'amoureuso Que je pressais entre mes bras.
VARIATIONS. loi
Et toi, ma Joie, avec un rire A tirer les morts du sommeil , Tu jetteras tout le délire Que nous dépensions au soleiK
Et toi, dans la chaudière en fonte.
Ha Jeunesse, tu jetteras Souvenir, sang, joie, amour, honte.
Vie, et tout ce que tu voudras !
nuit funèbre, sans étoiles, Nuit où siffle la voix des morts, Étends sur nous tes sombres voiles, Pour nous cacher à nos remords.
Frémis au vent, grande bruyère ; Forêt, étire tes bras noirs.
Car nous jetons dans la chaudière Et les vertus et les devoirs»
Pour que tous baisent ma main droite, Pour être roi de l'univers, Loin de prendre la voie étroite, Je livre mon âme aux enfers :
Je posséderai la science.
Je serai terrible et vainqueur,
Et je tuerai ma conscience
A coups de poignard dans le cœur !