‹ Les chansons lointaines, poèmes et poésiesChapitre 101 sur 156 · LA VISION DU BERGER · texte numérisé non relu

LA VISION DU BERGER

Sur le vieil air : Quand j'itaiê compagnon vacher, Le$ cachée on m'envoyait garder.

Quand j'étais compagaoD vacher, Quand j'étais compagnon vacher.

J'allais sur le plus haut rocher :

Et je crie , et j'appelle

Ma belle , Et je n'ai que mon chien :

Il a faim, je n'ai rien.

Bien ! bien ! bien !

Quoi? Finaut! hein?

Du pain.

j'u-U'jjir,

Sur le plus haut rocher montant , (bis) , Je vis un bel oiseau tout blanc.

Un bel oiseau qui vient à moi , Et me regarde sans efiroi .

Il me regarde et, s'envolant , Au ciel retourne Toiseau blanc.

Dans le ciel il monte , et , bientôt , Il disparait tout droit en haut.

Tout droit en haut il chante encor Avec sa voix de miel et d'or.

Plus que le miel , plus que la fleur, Sa voix était douce à mon cœur.

Et mon cœur se mit à penser.

Lorsqu'un brouillard vint à passer.

Un brouillard sombre , errant tout seul , Qui me couvrit comme un linceul.

Gomme un linceul il m'enlaça , Et dans l'abîme il s'enfonça.

Dans i'abline je blasphémais , Pensant à celle que j'aimais.

Celle que j'appelais en vain , Toujours tombant , tombant sans fin.

Toujours plus bas et plus avant.

Gomme une feuille au gré du vent.

Gomme une feuille m'acerochant , Et le vent noir me détachant.

Mais du vent noir un noir esprit Se rend visible et me sourit.

Il me sourit , et je pensai

Que d'être honnête est insensé :

Que rhonnète homme est , dans les bois , Un cerf toujours mis aux abois ;

Un pauvre cerf , un sot mouton Promis, sans faute, au loup glouton.

Je serai loup , loup je serai !

Gomme les autres je tûrai.

Comme les autres bon voleur, D'un berger prenaut la couleur.

Berger : et ma bei^e aussi , Bonne louve. Point de merei !

Et louve , et loup , et louveteaux Vivront aux dépens des agneaux.

Tendres agneaux, vous êtes faits Pour nous, je pense, tout exprès.

Ainsi paasais-je , et le d^on Me dit que le mal était bon.

Le mal commence à me tenter , Et mon cœur faible à se vanter...

A se vanter que même à Dieu Il forcerait la main dans peu.

La main qui soutient l'univers , Comme un atome dans les airs !

L'atome, donc, s'est soulevé»

Et dans le vide il a crevé.

Vide, néant, ouvrez, ouvrez Vos abimes décolorés !

Dans vos abtnes j'enirerai , Et jusqu'au fond je plongerai.

Et jusqu'au fond , sans nul effroi. . . . Finaut me dit : — « Prends garde à toi !

» Prends garde à toi ! j'ai l'œil perçant. )) Au fond que voi&-je blanchissant?

» Blanchissant comme un prompt éclair, » Qui bat la face de la mer.

» La mer en vain se lèverait :

» D'un coup l'éclair la dissoudrait.

» L'éclair, c'est Lui. Va jusqu'au bout, » Tu le retrouveras partout.

)) Partout I Et l'on voudrai! en vain , » Même en tondbant, fuir de sa main.

» Fuir, comment fuir? N'est-il pas là?

» Reviens ! le nuage s'en va. » —

Le noir nuage me laissant ,

Je sentis mon pied moins glissant.

Mon pied, sur le bord du rocher, Recule, prêt à s'y pencher.

Et reculant , je vis , je vis Un coin des célestes parvis ;

Un coin du ciel où l'oiseau blanc Revient à moi , me consolant ;

Me consolant , et me disant :

— a Vois le gazon refleurissant:

» Sur le gazon , qui vient là-bas » Et , souriant , te tend les bras?

» Ses bras , son {rùsA cahne et joyeux, » Ont la blancheur des monts neigeux :

» Des monts neigeux, un jour d'été ; » Du lys en un val écarté.

» Mais lys, et neige, et blonds cheveux, » Que sont-ils auprès de ses yeux?

» Ses yeux sont eomme uo lac d'azur » Où ne surnage rien d'impur.

)> Rien , sur le lac qui luit soudain , )> Rien que l'étoile du matin !

» Et du matin , dans les grands bois , )) Le chant n'a pas sa douce voix ;

» Sa voix qui dit : Non, plus d'adieu! » Aime et travaille , et vis de peu. »

C'était ma belle qui , montant ,

Me dit : — a Monsieur, soyez content !

» Soyez content! j'ai dix moutons ; » Avec les tiens nous les mettons.

» Avec les tiens , tout bien compté , » Gela fait quinze , en vérité !

>» Quinze moutons , n'est-ce donc rien ? » Mon père dit : C'est un beau bien.

» C'est un beau bien , lorsque l'on est » Sage : soyez-le s'il vous platt!

» Et s'il vous plait , je deviendrai , » Et s'il vous plait , je deviendrai » Votre femme, et vous aimerai. »

Moi , je pleure , et ma belle

Appelle Et caresse mon chien.

 nos pieds je le tien.

Bien ! bien ! bien !

Hein? Finaut! hein?

Du pain.

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