LA VISION DU BERGER
Sur le vieil air : Quand j'itaiê compagnon vacher, Le$ cachée on m'envoyait garder.
Quand j'étais compagaoD vacher, Quand j'étais compagnon vacher.
J'allais sur le plus haut rocher :
Et je crie , et j'appelle
Ma belle , Et je n'ai que mon chien :
Il a faim, je n'ai rien.
Bien ! bien ! bien !
Quoi? Finaut! hein?
Du pain.
j'u-U'jjir,
Sur le plus haut rocher montant , (bis) , Je vis un bel oiseau tout blanc.
Un bel oiseau qui vient à moi , Et me regarde sans efiroi .
Il me regarde et, s'envolant , Au ciel retourne Toiseau blanc.
Dans le ciel il monte , et , bientôt , Il disparait tout droit en haut.
Tout droit en haut il chante encor Avec sa voix de miel et d'or.
Plus que le miel , plus que la fleur, Sa voix était douce à mon cœur.
Et mon cœur se mit à penser.
Lorsqu'un brouillard vint à passer.
Un brouillard sombre , errant tout seul , Qui me couvrit comme un linceul.
Gomme un linceul il m'enlaça , Et dans l'abîme il s'enfonça.
Dans i'abline je blasphémais , Pensant à celle que j'aimais.
Celle que j'appelais en vain , Toujours tombant , tombant sans fin.
Toujours plus bas et plus avant.
Gomme une feuille au gré du vent.
Gomme une feuille m'acerochant , Et le vent noir me détachant.
Mais du vent noir un noir esprit Se rend visible et me sourit.
Il me sourit , et je pensai
Que d'être honnête est insensé :
Que rhonnète homme est , dans les bois , Un cerf toujours mis aux abois ;
Un pauvre cerf , un sot mouton Promis, sans faute, au loup glouton.
Je serai loup , loup je serai !
Gomme les autres je tûrai.
Comme les autres bon voleur, D'un berger prenaut la couleur.
Berger : et ma bei^e aussi , Bonne louve. Point de merei !
Et louve , et loup , et louveteaux Vivront aux dépens des agneaux.
Tendres agneaux, vous êtes faits Pour nous, je pense, tout exprès.
Ainsi paasais-je , et le d^on Me dit que le mal était bon.
Le mal commence à me tenter , Et mon cœur faible à se vanter...
A se vanter que même à Dieu Il forcerait la main dans peu.
La main qui soutient l'univers , Comme un atome dans les airs !
L'atome, donc, s'est soulevé»
Et dans le vide il a crevé.
Vide, néant, ouvrez, ouvrez Vos abimes décolorés !
Dans vos abtnes j'enirerai , Et jusqu'au fond je plongerai.
Et jusqu'au fond , sans nul effroi. . . . Finaut me dit : — « Prends garde à toi !
» Prends garde à toi ! j'ai l'œil perçant. )) Au fond que voi&-je blanchissant?
» Blanchissant comme un prompt éclair, » Qui bat la face de la mer.
» La mer en vain se lèverait :
» D'un coup l'éclair la dissoudrait.
» L'éclair, c'est Lui. Va jusqu'au bout, » Tu le retrouveras partout.
)) Partout I Et l'on voudrai! en vain , » Même en tondbant, fuir de sa main.
» Fuir, comment fuir? N'est-il pas là?
» Reviens ! le nuage s'en va. » —
Le noir nuage me laissant ,
Je sentis mon pied moins glissant.
Mon pied, sur le bord du rocher, Recule, prêt à s'y pencher.
Et reculant , je vis , je vis Un coin des célestes parvis ;
Un coin du ciel où l'oiseau blanc Revient à moi , me consolant ;
Me consolant , et me disant :
— a Vois le gazon refleurissant:
» Sur le gazon , qui vient là-bas » Et , souriant , te tend les bras?
» Ses bras , son {rùsA cahne et joyeux, » Ont la blancheur des monts neigeux :
» Des monts neigeux, un jour d'été ; » Du lys en un val écarté.
» Mais lys, et neige, et blonds cheveux, » Que sont-ils auprès de ses yeux?
» Ses yeux sont eomme uo lac d'azur » Où ne surnage rien d'impur.
)> Rien , sur le lac qui luit soudain , )> Rien que l'étoile du matin !
» Et du matin , dans les grands bois , )) Le chant n'a pas sa douce voix ;
» Sa voix qui dit : Non, plus d'adieu! » Aime et travaille , et vis de peu. »
C'était ma belle qui , montant ,
Me dit : — a Monsieur, soyez content !
» Soyez content! j'ai dix moutons ; » Avec les tiens nous les mettons.
» Avec les tiens , tout bien compté , » Gela fait quinze , en vérité !
>» Quinze moutons , n'est-ce donc rien ? » Mon père dit : C'est un beau bien.
» C'est un beau bien , lorsque l'on est » Sage : soyez-le s'il vous platt!
» Et s'il vous plait , je deviendrai , » Et s'il vous plait , je deviendrai » Votre femme, et vous aimerai. »
Moi , je pleure , et ma belle
Appelle Et caresse mon chien.
 nos pieds je le tien.
Bien ! bien ! bien !
Hein? Finaut! hein?
Du pain.
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