LE PÈRE ET SON FUS
Mange bien , disait un bon père A son fils , bambin de trois ans : Mange bien , grandis et prospère , Le jeune est pour les pauvres gens.
J'ai cinq veaux gras dans mon étable , Un agneau ne me coûte rien ; Le pain , le vin sont sur la table ; Mange bien.
L*àge vint d'entrer à l'école :
On doit , dit le père à l'enfant , Apprendre , en ce siècle frivole , Ce qu'il permet, ce qu'il défend.
Lis ; écris ; meuble-toi la tète ; Qu'elle serve à ton entretien !
Il ne faut pas être une bétc.
Mange bien.
L'enfant grandit ; ce fut un homme :
Fais ton choix , dit le père encor ; Mais ne donne jamais la pomme  ce qui brille et n'est pas or.
Laisse les chimères à d'autre» ; Garde-toi d'y fourrer du tien !
Nous ne sommes pas des apôtres.
Mange bien.
Un jour le fils mourut , le père Suivit, étouffé de chagrin.
On les mit dans la même bière ; Les parens firent un festin.
Dieu visitait la fosse impure ; Mais , n'y retrouvant pas son bien , Il dit au ver, sa créature :
Mange bien.