‹ Les chansons lointaines, poèmes et poésiesChapitre 102 sur 156 · LE PÈRE ET SON FUS · texte numérisé non relu

LE PÈRE ET SON FUS

Mange bien , disait un bon père A son fils , bambin de trois ans : Mange bien , grandis et prospère , Le jeune est pour les pauvres gens.

J'ai cinq veaux gras dans mon étable , Un agneau ne me coûte rien ; Le pain , le vin sont sur la table ; Mange bien.

L*àge vint d'entrer à l'école :

On doit , dit le père à l'enfant , Apprendre , en ce siècle frivole , Ce qu'il permet, ce qu'il défend.

Lis ; écris ; meuble-toi la tète ; Qu'elle serve à ton entretien !

Il ne faut pas être une bétc.

Mange bien.

L'enfant grandit ; ce fut un homme :

Fais ton choix , dit le père encor ; Mais ne donne jamais la pomme  ce qui brille et n'est pas or.

Laisse les chimères à d'autre» ; Garde-toi d'y fourrer du tien !

Nous ne sommes pas des apôtres.

Mange bien.

Un jour le fils mourut , le père Suivit, étouffé de chagrin.

On les mit dans la même bière ; Les parens firent un festin.

Dieu visitait la fosse impure ; Mais , n'y retrouvant pas son bien , Il dit au ver, sa créature :

Mange bien.

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