‹ Les chansons lointaines, poèmes et poésiesChapitre 123 sur 156 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

Ainsi disais-je; et puis vint Fâge; Et dès lors le soir a bruni Mon sillon , pauvre labourage!

Celui de mon père est fini.

Mais aux cbamps d*éternelle aurore , 0 mon père , je te revoi , Et là je me retrouve encore Dans un sillon où je marche avec toi.

Paris, 48341.

LE CUm DE LUNE

ne* pleailunii screni

DanU

A M~ Cécile C**

Qui ? moi , que je redise encore La lune en son plein radieux, Jouant sur la piage sonore Avec le flot mélodieux !

Pour vous , pour ce front qui rayonne , Elle est à son plus haut sentier; Mais pour moi , que l'ombre couronne , Elle est à son dernier quartier.

Pour vous , des nuits elle est la reine , Déesse au virginal essor,

Dansant à la clarté sereine

Avec ses sœurs aux cheveux d'or .

Pour moi , c'est une vieille fée, Passant le soir au coin des bois , . Et d'une voix lente , étouffée , Murmurant des mots d'autrefois.

De la feuille pâle et jaunie Elle est coiffée , et ce rayon Dont on dirait qu'elle s'appuie , Est sa baguette, son bâton.

Gomme un voile , à son front qui penche Un long nuage s'est fixé ; Il y creuse une ride blanche , Sillon stérile du passé.

Elle me dit pourtant des choses Douces au cœur ; oui , je l'entends Qui mêle à mes pensers moroses Les images d'un heureux temps!

Avec elle je vois descendre Sur les croupes des monts en fleur, Tant d'être chers , au regard tendre , Que je n'ai plus que dans mon cœur.

Ils ont , durant les nuits pensives , Ses blancs rayons pour blancs linceuls Et sur le lac , joignant les rives , Son chemin d'or, fait pour eux seuls.

Amis , parens , mon fils , mon père , Celle qui les reçut ici , Du pauvre enfant seconde mère , Et que mes yeux pleurent aussi ;

Une autre encor, non moins absente De son hospitalier manoir, A la lumière blanchissante M'apparaissent ainsi le soir.

Ils me regardent , ils me disent

Ce que la mort ne peut ravir ;

Et dans leurs yeux mouillés qui luisent ,

Je sens mon printemps reverdir.

Sur la grève ou sur la montagne , A leurs côtés je vais m'asseoir ; Mon doux enfant les accompagne , Et bat des mains de me revoir.

Il découvre des fleurs si belles !

ft57

Il les rapporte triomphant , Et me les montre , puis à celles Qui raccueillirent tout enfant.

Elles répondent d'un sourire Dont les cieux sont tout éclairés , Comme au jour qui viendra nous dire « Vous ne serez plus séparés. »

Et ce sourire , aube divine , Gourant dans les airs argentés , Glisse de colline en colline Jusqu'à ceux qu'elles ont quittés.

Mon père les suit en silence D'un œil serein et cordial.

Leur troupe ainsi monte et s'élance , Nous saluant du haut du val ;

Et là , des cimes vaporeuses , Prenant le lumineux chemin Qui mène aux plages bienheureuses , Ils s'en vont, se donnant la main.

La lune alors , l'antique fée , Relève un front plus indulgent.

Je Taime encore ainsi coiffée Avec ses longs cheveux d'argent.

Elle me semble aussi renaître , Gomme moi , d'un passé lointain , Et , comme moi , se reconnaître Aux lieux qu'elle a vus le matin.

Enfin , sur l'onde qui l'appelle , Elle glisse d'un pas si doux,

Que je la revois jeune et belle

N'est-ce pas la voir comme vous?

Bury, près Clarens , jMÙt 4852.

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