L'ÉVÊQUE BERTHOLD
(Histwiqoe]
Berthold , évéque de Lausanne , A convoqué tous ses vassaux.
Dans le cloître aux légers arceaux , Chacun range sa pertuisane.
L'évéque pieux et guerrier, Au chœur est encore à prier.
Il va partir, il fait le grand voyage Des seigneurs , des serfs et des rois ;
Jérusalem est son pèlerinage :
Berthold a pris la croix.
Aucun retard ne le surmonte.
Il a mis ordre à sa maison ,
Ses ennemis à h raison , Le baron , le duc et le comte.
L^Alkman et le Savoyard Laissent en pm son étendard.
Voici le jour, voici l'heure fixée , L'instant appelé bien des fois !
Berthold n'a plus qu'une seule pensée , Berthold a pris la croix.
Us s'embarqueront à Venise ,
Franchissant d'abord monts et vaux.
Après maints exploits , maints travaux ,
Us verront la Terre-Promise.
C'est aujourd'hui qu'on doit partir ;
Tous l'ont juré sans repentir.
Us voient d'ici , de la haute esplanade ,
Les pics neigeux , les cols étroits , Où montera, demain, leur cavalcade.
Berthold a pris la croix.
Le voilà de sa cathédrale Qui sort , le regard ferme et doux.
U se met encore à genoux Sur quelque pierre sépulcrale.
Puis il revêt , en son château , Du pèlerin le long manteau.
Sous le portail , sa blanche baquenée Hennit; et de brillans pavois
La cour profonde est tout illuminée.
Berthold a pris la pris la croix.
L'évéque s'apprête à descendre ,
L'œil toujours grave et recueilli ;
Mais soudain il a tressailli
Quelle rumeur se fait entendre?...
On s'empresse : inutile effort !
Il pâlit; il tombe; il est mort.
Au jour fixé pour ce pèlerinage
Des seigneurs , des serfs et des rois , Dieu le rappelle , et pour le grand voyage
Bertbold a pris la croix.