EXPLOIT D'ENFANT
Quand nous étions petits, ma mère Nous faisait gardes du manoir.
Notre consigne était assez légère , Mais , sous son œil de ménagère , Devenait plus grave , le soir.
C'était d'aller fermer la porte... Oh ! je vous vois déjà railler Si je vous dis que cette maison-forte , A clore que nul n'entre et sorte , Hélas! était le poulailler.
Petite voûte , basse , obscure , Tournant le dos à la maison , Où le renard , en cherchant aventure , Eût fait grande déconfiture , Sans craindre de payer rançon.
L'affaire était donc sérieuse !
Et quand venait moA tour, j'allais , Héros suivant ma course glorieuse , Mais la mine très-peu rieuse :
Je crois même que je tremblais.
Il fallait longer la muraille , Deux vieilles tours , certain hangard , Et voir au loin se dresser en bataille La forêt, où mainte broussaille Cachait sans doute maint renard.
Pendant que je faisais ma ronde , Je savais de l'autre côté Valets, servante, enfin tout notre monde.... Nul ne me suit qui me réponde !
Car le chien même m'a quitté.
Et la nuit descendait, rapide; La neige craquait sous mes pas , Seule jetant une clarté livide
Sur les champs déserts , dont le vide Semblait seul me parler tout bas.
Par la route la plus prochaine Je marchais , le front tout en eau ,
Au dehors ferme , et tel qu'un jeune chêne , Mais , à la moindre alerte vaine , Tremblant en moi comme un roseau.
Vers un bout de pente voisine Parfois s'échappe mon regard.
Sur les prés blancs un point noir se dessine : C'est lui sans doute qui chemine , C'est lui, pour sur...., maître Renard.
Vite! vite! avant qu'il n'arrive.
Courons au poulailler!... j'y suis.
Haussant mes pieds, haussant ma main craintive. Je n'ai qu'à toucher, lisse et vive , La planchette.... j'ai fermé l'huis.
Mais les poules? terrible doute!
N'en manque-t-il point là-dedans?
Ont-elles pu gravir, jusqu'à la voûte , L'escalier qui leur sert de route , Sans attraper de coups de dents?
Non ! à présent je me rappelle. . . .
Le coq était sur son perchoir, Sans nulle crainte , et le bec sous son aile ; Et notre poule la plus belle , En s'endormant , m'a dit : Bonsoir.
Je puis partir... oh! mais qu'entends-je? Un bruit d'ailes ! comment? si tard; Quand tout repose , à Tétable , à la grange ! . . Oh ! si j'avais , par cas étrange , Enfermé là maître Renard.
Retenant ma voix, mon haleine , Je soulève l'huis , mais très peu !
Mon œil s'y colle , et dedans se promène. . . . Point de renard. Le coq à peine Me fait signe, et me dit adieu.
Que j'étais fou ! plus de tapage :
Ils s'arrangeaient pour mieux dormir.
Si le renard croit sauter dans la cage» Visage de bois ! bon voyage ! . . . .
Mais encor ! ... je me sens frémir.
S'il était là , près de la haie , Là , sur mon dos ! s'il m'attendait !
J'entends crier la neige , que balaie
Sa longue queue..., il vient, s'essaie.
Il va sauter.... s'il me mordait!
Avec effort tournant la tète , Je regarde. Rien ! mais le bruit
Gomme d'un pas qui se traîne et s'arrête , Dans les buissons suivant sa quête , Et qui rôde pendant la nuit.
Je n'en attends pas davantage , Je prends mes jambes à mon cou.
Tours et hangar semblent à mon passage Courir aussi comme un orage , Et s'envoler je ne sais où.
Enfin j'arrive au seuil , je pousse La porte , et me voilà sauvé.
Plus de renard , plus de poule qui glousse ! . . Mais de ma mère la voix douce , Et notre bon feu retrouvé.
Dans les champs , à plus d'une lieue , Pas plus de renard que de loup.
Peut-être, au pis, avais-je vu sa queue. Mais dans la ville et la banlieue , Depuis lors, j'en ai vu beaucoup.
'->*.-^CiO^^->^