‹ Les chansons lointaines, poèmes et poésiesChapitre 134 sur 156 · U GOURDE DU FORESTIER · texte numérisé non relu

U GOURDE DU FORESTIER

Etudes variées pour le cor des Alpes et le flageolet.

i mon beau-frère l. Bochet,

m souvrnir de nos counes alpeslres.

Oh ! qui pourrait la vider d'une haleine ! Elle est large, elle est haute, elle est sourde, elle est pleine, La gourde du forestier.

Oh ! qu'elle est lourde , Et sourde ,

La gourde!

Elle tient un setier.

Le forestier, dans Tombre Où palpite le jour,

lA mmms. ti »8)estieb.

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Monte du grand bois sombre La rampe au long contour.

La gourde pleine ,

Le sac chargé,

Lui , de la plaine

Il prend congé.

Voici les verts érables !

Voici des noirs sapins Les barbes vénérables Flottant sur les ravins !

Ils se souviennent ,

Et leurs bruits sourds

Les entretiennent

Des anciens jours.

— Salut, blancs sycomores, Des monts rois chevelus , Qui comptez tant d'aurores , Qu'on ne s'en souvient plus !

— Salut et grâces ,

Vont-ils disant ,

À toi qui passes ,

Fils du Présent !

L'ombre s'est éveillée ,

Et le pied du Matin Laisse sous la feuillée Un sillon argentin.

L'herbe fourmille

D'un léger bruit;

Le roc scintille ;

La cime luit.

Chaque feuille se dresse , Verte plume des bois, Et chaque aile s'empresse Dans les nids pleins de voix.

L'oisillon penche

Sa tète ; il voit

La clarté blanche

Gagner son toit.

Vive , alerte , égrillarde , Choisissant le moment , La grive se hasarde , S'élance brusquement ,

Frôle la toque

Du forestier,

Passe , et se moque

Par le sentier.

Jeune fille légère Descend Tétroit chemin , Son chapeau de bergère , Plein de fleurs, à la main.

— Où donc , charmante , Seule, allons-nous?

— Que je ne mente , Je vais. ... et vous ?

— En haut, dans la montagne.

— Et moi , je vais en bas.

— Je cherche une compagne.

— Moi, je n'en cherche pas.

— Mais , ô la belle !

Un compagnon?...

— Non , lui dit-elle , Oh ! pour ça non !

— Nul au bois ne se montre , Nul berger, ce matin.

— Avez- vous fait rencontre De mon mouton Robin?

— Si, par fortune,

Un ours ?. . . les loups ?. . .

— Sans crainte aucune , Même de vous.

— Tu cherches, tu regrettes, Tu souptfes tout bas.

— Je cherche des fleurettes , Je n'en écoute pas.

— N'es-tu pas belle?

— Vous dites bien, . . .

— Et moi , fidèle?

— Je n'en crois rien.

— Oh ! des filles moqueuses , La reine , c'est bien toi !

— En paroles trompeuses , Oh ! vous êtes bien roi !

— Bouche vermeille , Fraise des bois !

— Flatteuse abeille , Une autre fois !

— Connais-tu la fontaine Qui se cache et qui dort Sous la roche hautaine?

À voix basse elle en sort.

Là , sans ombrage , Sans rien donner, Viens , et partage Mon déjeuner.

— Beau forestier, je chante, Je bois à ton bonheur, Et je suis ta servante , Et toi , mon serviteur.

Fais-moi , de même ,

Raison , mauvais !

Adieu , je t'aime ,

Et je m'en vais.

Et dans les bois , légère , Elle fuit comme un daim.

Etait-ce une bergère , Une Fée , un Ondin ?

Plus rien ! personne ! . . .

Seul il s'en va.

La gourde sonne

Un peu déjà.

Mais qui pourrait la vider d'une haleine ! Elle est large, elle est haute, à peu près sourde et pleine , La gourde du forestier.

Oh ! qu'elle est lourde , Et sourde , La gourde r Elle tient un setier.

Il rit , et se redresse ; Il rit , en soupirant.

Allons ! plus de tristesse , Dit-il : le monde est grand.

Une compagne

Tient sous sa loi.

Sur la montagne ,

Seul, je suis roi.

Et dans les gorges sombres Où le sentier se tord , Sur les rocs en décombres , Il marche d'un jpied fort.

Le torrent saute , Mordant son frein , Roulant plus haute Sa voix d'airain.

Puis Taltière prairie , L'Âlpe, s'ouvre, allongeant Sa pelouse fleurie Et son ruisseau d'argent.

C'est , sur t'abime ,

C'est le préau

Dont une cime Est le château.

Gomme une jeune fille Dort en un val secret , Des fleurs pour sa mantille » Pour rideau la forêt ;

Ainsi cachée

À tous les yeux ,

L'Alpe couchée

Dort sous les cieux.

Seul , sur elle se penche De son antre inconnu , Vieux Faune à barbe blanche Le pic chauve et cornu , . Qui lui décoche ,

Vieillard narquois ,

Les traits de roche

De son carquois.

Le forestier s'arrête Vers les chalets fumeux.

Vachers , levant la tête , L'appellent auprès d'eux.

Leur voix le hèle ;

Il y répond.

La chèvre béle , Court vers le pont.

11 suit la demoiselle...

Il arrive ; on lui tend Une main fraternelle , Et Ton cause un instant.

On rit , on glose ;

Chacun médit

De toute chose :

On applaudit.

— Où vas-tu, de cette heure?

— Par les monts, jusqu'au soir.

— Là haut , la bise pleure , Que diable y veux-tu voir?..

Lire au grimoire Des anciens temps?..

Etre à la foire De tous les vents?.. —

Ainsi raille , et se gausse De lui l'alpestre gent.

Il leur tient tète , et hausse Sa gourde au col d'argent.

Lèvres sournoises , De refuser :

Les plus matoises , Pour mieux oser.

Mais qui pourrait la vider d'une haleine ! Elle est large, elle est haute, à moitié sourde et pleine,

La gourde du forestier.

Oh ! qu'elle est lourde , Et sourde , La gourde !

Elle tient un sètier.

Il les quitte , il s'avance Dans le pierreux désert , Dans Téboulis immense Où le sentier se perd :

Cité courbée

De rocs sans noms ;

Babel tombée

Du haut des monts.

Quittant leurs noirs repaires

Pour le mariire attiédi , Là , les froides vipères Se glissent vers midi.

De leur domaine Seigneur rampant , Un lac s'y traîne ; Autre serpent.

Le voyageur évite Le lac morne et félon , Ou son pied précipite , L'écrasant du talon ,

L'affreux reptile ,

Qui mord les airs ,

Rage inutile !

Puis les flots verts.

Allez ! bouches immondes Aux dards envenimés!

Eteignez dans les ondes Vos poisons enflammés !

Se faisant place ,

Le pèlerin

Sourit et passe ,

Le front serein.

Par des pentes plus rudes, Longues , déroutant l*œil , Des hautes solitudes Il gagne enfin le seuil.

Ici, l'abeille

Au chant l^er

L'accueille , et veille

Sur l'étranger.

Bergère fine et sage , Elle a , sur les hauteurs , Elle a pour héritage Mille troupeaux de fleurs ;

Elle conunande

En ces vallons ,

Même y gourmande

Les papillons.

Là sont des élysées Inconnus et déserts , D'alpestres colysées Suspendus dans 1^ airs;

Là , tout s'élance

De l'àme aux cieux ,

Dans un silence

Harmonieux.

Mais, comme dans un songe, Quelle invisible voix S'échappe et se prolonge De l'angle des parois?

Voix fraîche et nette ,

Suivant sans fin

Sa chansonnette ,

Tout son destin.

C'est , sur la haute arcade , La fille du rocher, C'est la blanche cascade , Que l'on voit s'y pencher.

Tremblante, émue,

Puis, s'enlevant.

Comme une nue

Danser au vent.

— De ton urne légère.

Fille au sein virginal , Mêle à ma gourde amère Un rayon de cristal.

Ma lèvre est noire

D'un feu mortel.

Je croirai boire

A l'arc-en-ciei.

Il dit. L'oode irisée

Darde un long jet tremblant ,

Cristalline fusée ,

Dans l'oQtre au large ianc.

Plus fratdie flunnie ,

L'âpre liqueur

Lui rit à Tâme ,

Lui rit au caanv.

Qui donc pourrait la vider d'une haleine ! Elle est large, elle est haute, encor sourde, encor pleine, La gourde du forestier.

Oh ! qu'elle est lourde , Et sourde , La gourde !

Elle tient un setier.

Qui parle sur les cimes?

Nains, géants ou démons?....

Quelques races sublimes »

Habitant sur les monts?...

La voix puissante

Passe à grand flot ,

Puis, décroissante, Ne dit plus mot.

Mais après un silence Profond , mystérieux , Chut ! la voix recommence , Et semble , dans les cieux ,

Plus en arrière ,

Fuir, reculer,

Avec prière

Semble appeler.

Le forestier s'étonne. . . .

Est-il quelqu'un là-haut?...

Aux rocs il se cramponne , Ou les franchit d'un saut.

La voix s'est tue...

Un pic désert!

Un ciel sans nue ,

Tout grand ouvert !

0 chimère suprême !

Ce n'était , aux parois , Qu'un écho de lui-même , Ces pas et cette voix .

Seule , la cime

Lui répondait, Et, seul, Tablme Les entendait.

Rien qu'une mer dormante , Qu'un océan rocheux Où la vague écumante Se dresse en pics neigeux :

Les bonds éaormes

Des glaciers lourds ,

Roulant, difformes,

Gomme des tours.

Rien que des champs de glace , Déserts briUans et froids ; Plaines ou tout s'efface ; Les steppes du chamois ,

Qui sur ce sable

Aux grains d'azur,

InsaisissaMe ,

Pose un pied sûr.

Gazelle des montagnes , Chevrette des gladers , En vain tu sais , tu gagnes Les plus hardis sentiers !

Ton pied se colle A la paroi ; Mais le plomb Tole , Là, mieux que toi.

Ou bien , au tournant brusque , Ton passage forcé, Le fin chasseur s'embusque.

Tu viens, le front baissé;

Tu viens , rapide

Comme le vent ,

Fière, intrépide,

Corne en avant.

C'est bien ta noire aigrette , n*oite comme un roseau , Puis recourtmnt sa crête , Arquée en beo d'oiseau;

Mais là se pose

L'œil du chasseur,

Et ton sang rose

Teint l'herbe en fleur.

Tu tombes.... il s'étonce...

Mais , d'un suprême effort , Aux plis du roc immense

Tu te retiens enoor.

Pois ton pied glisse Et ne prend fond Qu'an précipice , D'un dernier bond.

Hélas ! pauvre gazelle !

Ses grands yeux sont fermés.

Adien la ileur Mwdie!

Adieu les monts aimés !

La blanche cime

Fut son berceau ;

Le noir abtme

Est son tombeau.

Il est triste , il est sombre « Le forestier vaillant.

Il voit s'allonger l'ombre Du pic étincelant ;

La terre prendre

Son voile noir,

Les monts lui rendre

L'adieu du soir.

Point de roche plus haute. . .

La nuit, ces fiers vallons

Ne sonftneiit anenn hACe.

Il finit partir! Allons !

D'une Yoa creose,

Liagoorde, hélas!

Ghanle^ mentMise«

Chante tout bas :

Oh! qui pourrait la vider d'une haleine! Elle est large, elle est haute, die était sourde et pleine, La gourde du forestier!

Oh ! qu'elle est lourde , Et sourde, La gourde !

Elle tient un setier.

Sur les rampes de neige , Derniers degrés des monts , Il se lance, il manège En détours vagabonds.

Il glisse, il vole.

Gomme l'oiseau

Dont l'aile folle

Bat l'air et l'eau.

Pais , les pentes herbeuses , Les grands bois endormis ; Puis, les passes douteuses , Les ponts mal affermis ,

n les traverse ,

Seul et sans peur,

Et son œil perce

La profondeur.

C'est ainsi cpi'intrépide , Des sentia^ , sans y voir, Il démêle , il dévide L'écheveau long et noir :

D'une journée

Travail détruit ,

0 destinée !

Avec la nuit.

Mais quelle Ombre est assise Sous un morne sapin ?

Quelle forme indécise?...

Seraitp-oe du matin

La blanche Fée^

Qui l'attendrait,

De fleurs coiffée ,

Et lui dirait :

— « Viens à présent! c'est Theure... )» Personne dans les bois.

« Si je mens, que je meure, » Si je mens cette fois !

» Oui , c'est moi-même.

» 0 ttM amours,

» Quand Je dis : J*aime ,

» Etes-vous sourds?

» Je ne suis pins mau^sè ; » Je ne ris plus ; je ireux » Vous laisser à votre aise » Regarder dans mes yeux.

» Viens ! que je pose

» Ton fhmt jaloux ,

» Ton front morose

» Sur mes genoux ! » —

Mais, au lieu de son rêve.

Qui soudain va croulanl « Une vidlie se lève , Se lève en grommelant.

Chargeant sa hotte

Et son bois mort.

Elle marmotte

Sa plainte au sort.

— c( Ho! Vôtre tàèhe est lourde, Lui dit le forestier :

« Mais il reste en ma gottrde » Un verre , le dernier.

» Teneï! la mère...

» Pour tous, héla^I

r> La vie amère ,

^ Revient en bas. t»

Ainsi reeottfoftée , Elle s'en va; maïs hii, Sur la mousse argentée Tombe de noir ennui ;

Disant : « Vain rêve !

» Tout doit finir,

» Rien ne s'achève ;

» Je vais dormir.

Et cependant les mondes Roulent silencieux , En des courbes profondes Fouillait les vastes cieox ;

Sans que TéUHle ,

Mieux qu'un mortel ,

Perce le voile ,

Touche l'autel.

C'est que le (prand mystère Se cherche vainement Aux sommets de la terre , A ceux du firmament.

Mais en toi-même

Descends...» Au fond^

La Voix Suprême

Parle et répond.

Dans l'ombre où tu reposes , Tu vas encor songeant.

La Nuit, sur toutes choses, Etend son dais d'argent.

Diane chasse

Dans les vallons.

Ariel passe

Sur. les flots Uonds.

Le forestier sommeille.

Quand s'éveillera-t-il ?. . . .

Un chant, à son oreille , Roule , clair et subtil :

Concert étrange

Qui vient des bois;

Vague mâange

De toutes voix.

Feuille , oiseau , vent , cascade ; Longs échos mensongers ; Chevrette sur l'arcade ; Bergère aux pieds légers ,

Tout chante et dansé ;

L'outre au son creux

Fait la cadence ,

Et dit comme eux :

Oh ! qui pouvait la vider d'une haleine ! Elle est large, elle est haute, elle était sourde et pleine, La gourde du forestier.

Qu'elle était lourde , Et sourde , La gourde , Qui tenait un setier !

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